Crédit photo : © Warner Bros

« Dune » : aux frontières du subconscient

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Après près de deux ans d’attente et d’anticipation, on peut désormais l’affirmer avec certitude : le Dune de Denis Villeneuve est un chef-d’œuvre cinématographique en devenir.

Denis Villeneuve y rêvait depuis l’âge de 12 ans, alors qu’il a découvert ce chef-d’œuvre de la science-fiction écrit par Frank Herbert. Après multiples projets acclamés par la critique, le réalisateur québécois y est enfin arrivé. Dune : première partie est enfin en salle… et l’attente a valu le coup.

Voici un court synopsis pour ceux et celles qui ne connaitraient pas ce classique de la science-fiction. Dans un futur éloigné, en l’an 10 191, Dune suit l’histoire de Paul Atréides, fils héritier de la maison du même nom. Son père, le Duc Léto, se voit ordonner par l’Empereur Paddishah de quitter son fief sur la planète Caladan afin de prendre contrôle et de gouverner Arrakis, une planète désertique inhospitalière surnommée Dune. Arrakis est la seule source connue de l’Épice, une substance extrêmement rare qui facilite les voyages intergalactiques et décuple les facultés cognitives. Qui contrôle l’Épice, contrôle l’Univers… L’Épice se trouve dans le désert, en territoire hostile, où l’on retrouve un peuple indigène connu sous le nom de Fremen ainsi que des vers des sables gigantesques qui se nourrissent de l’Épice. Sur Arrakis, les Fremen attendent l’avènement d’un messie prophétique, le Lisan Al-Gaïb, qui signifie « la Voix venue d’ailleurs ». Certains croient que son avènement est proche. D’autres croient qu’il est déjà arrivé…

C’est sur cette toile de fond que le personnage de Paul, interprété d’une main de maitre par Timothée Chalamet, se voit forcer de passer d’adolescent à adulte et d’entamer une quête initiatique d’une ampleur inimaginable.

D’une ampleur grandiose

Le plus grand point fort du film est, à mon avis, la dimension épique de l’histoire portée au grand écran. Dans chacune des images, un élément nous fait sentir petits. Que ce soit l’immensité des vaisseaux spatiaux, des bâtiments ou encore du désert d’Arrakis, chacune des images contribue au sentiment d’immersion et d’évasion. Denis Villeneuve a dit : « Je voulais que le film soit une adaptation la plus fidèle possible du roman. Je voulais que les images reflètent le plus possible les propres images que je me suis faites lorsque j’ai lu le roman pour la première fois à l’âge de 12 ans. Disons que je rêvais grand, à 12 ans! »

L’ampleur grandiose du film est également servie par une trame sonore exceptionnelle signée Hans Zimmer. La musique contribue grandement au sentiment d’immersion dans ce monde inhospitalier. Par contre, ce n’est pas le genre de trame sonore que vous vous surprendrez à fredonner au même titre que la musique du Seigneur des Anneaux du grand Howard Shore, par exemple. Cependant, la trame sonore de Hans Zimmer est littéralement, sans vouloir faire de mauvais jeu de mots… atmosphérique et « d’un autre monde », à un point tel que Zimmer a inventé un nouvel instrument spécialement pour ce projet. Un point négatif, et probablement le seul que j’aie relevé après deux écoutes du film, est que j’ai l’impression que Zimmer s’emporte parfois un peu trop à mon goût avec la musique. Par moments, on perd des parcelles de dialogues entre des personnages importants de l’histoire tellement la musique est forte. Je ne sais pas si c’est intentionnel, mais c’est l’une des observations que j’ai relevées. Donc, est-ce que la musique est le genre à vous faire fredonner comme celle du Seigneur des Anneaux? Pas vraiment. Est-ce qu’elle vous restera dans la tête et contribue au sentiment d’immersion du film? Aucun doute là-dessus.

Des performances à couper le souffle

Je n’avais aucune inquiétude de ce côté en raison de la grande qualité de la distribution, mais cela ne m’a pas empêché d’être cloué à mon siège durant la totalité du film. Commençons par l’une des grandes surprises : la performance d’Oscar Isaac, dans le rôle du Duc Léto Atréides. La performance d’Isaac est, à mon humble avis, l’une des plus solides du film. Isaac a le tour de jouer ce personnage autoritaire avec somme toute une dimension empathique et fraternelle. Je retiens une scène en particulier, au début du film, alors que le Héraut du Changement (Benjamin Clementine) annonce au Duc l’ordre de l’Empereur stipulant que la Maison Atréides doit quitter son fief de Caladan afin de gouverner Arrakis. Suite à cet ordre, le Duc Léto répond avec une réplique qui restera gravée dans les mémoires :

« Nous sommes la Maison Atréides. Il n’y a aucun appel que nous ne refusons, il n’y a aucune confiance que nous ne trahissons. L’Empereur nous demande d’apporter la paix sur Arrakis. La Maison Atréides accepte! » – Duc Léto Atréides

Selon moi, la palme de la meilleure performance revient à Timothée Chalamet, qui interprète Paul Atréides, fils héritier du Duc Léto et protagoniste de l’histoire. Chalamet a travaillé fort pour ce rôle et ça transperce l’écran. L’une des scènes mythiques du roman, la fameuse scène du gom jabbar, que Chalamet partage avec la grande Charlotte Rampling, dans le rôle de la Révérende-Mère des Bene Gesserit, est l’une des scènes les plus poignantes du film à mon avis et permet à Chalamet de briller. Mon plus grand regret vis-à-vis de cette scène est que ce n’est pas Paul qui récite la désormais célèbre Litanie contre la peur, mais plutôt Lady Jessica (Rebecca Ferguson), la mère de Paul, mais cela n’enlève en rien l’aspect et la dimension poignante de cette scène mythique. La Litanie contre la peur est une méthode d’autosuggestion utilisée par les sœurs du Bene Gesserit pour s’affranchir d’une peur ou d’une angoisse. Et laissez-moi vous dire que le rendu est aussi satisfaisant à l’écran qu’il l’est à l’écrit!

« Je ne connaîtrai pas la peur. Car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. J’affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien. Rien que moi. »

Toutefois, parmi toutes les scènes possibles pour le personnage de Paul, j’ai retenu deux scènes qui m’ont particulièrement marquées. La première est une scène émotive entre Paul et son père juste avant leur départ de Caladan pour Arrakis :

« Et si je ne l’étais pas, Père? Si je n’étais pas l’avenir de la Maison Atréides?

J’ai dit à mon père que je ne voulais pas ça non plus. Un grand homme ne cherche pas à diriger. Il a un appel et il y répond. Et si ta réponse est non, tu seras toujours tout ce que j’avais besoin que tu sois. Mon fils. » – Paul et Duc Léto Atréides

La deuxième scène que je retiens pour Paul est l’une des dernières scènes du long-métrage. Pour éviter les divulgâcheurs, j’évite de vous expliquer le contexte de la scène, mais disons que c’est une belle manière de terminer ce premier volet, tout en mettant la table pour la deuxième partie.

« Mon père n’est pas venu sur Arrakis pour l’Épice ou les richesses. Il est venu pour la force de votre peuple. Ma route mène au désert. Je peux le voir. Et si vous nous acceptez, nous viendrons. » – Paul Atréides

Si Timothée Chalamet a donné la meilleure perfomance selon moi, ma performance coup de cœur est sans nul doute celle de Jason Momoa dans le rôle de Duncan Idaho. Étant l’un des mes personnages préférés du roman de Frank Herbert, j’étais excité et, je dois l’admettre, quelque peu craintif. Momoa a effacé tous mes doutes dès sa première apparition. Il interprète à la perfection le personnage de Duncan, ce maitre d’armes loyal et dévoué à la cause de la Maison Atréides et prêt à tout pour protéger Paul. Momoa récite également l’une des répliques les plus mémorables de tout le film, et ce lors de sa toute première apparition :

« Les rêves font de bonnes histoires. Mais tout ce qui est important se passe lorsqu’on est éveillé. » – Duncan Idaho

Je salue également les performances de Rebecca Ferguson et de Josh Brolin, dans les rôles de Lady Jessica et Gurney Halleck. Mention spéciale aussi à Zendaya, dans le rôle de Chani, qui a laissé une forte impression malgré un temps d’écran relativement limité. Je peux vous assurer que Villeneuve remédiera à cela dans le second volet puisqu’il a mentionné que la deuxième partie sera centralisée autour de Chani.

Parlant de seconde partie, c’est désormais confirmé depuis hier! Dune : deuxième partie arrivera au grand écran en octobre 2023! Il faudra s’armer de patience, mais si on se base sur le premier volet, il n’y aucune inquiétude à avoir. La saga Dune est entre bonnes mains.

Bref, vous ne serez pas surpris d’apprendre que j’ai adoré le film! Ce projet passionne Villeneuve et ça se ressent. Il a lui-même décrit le film comme « une lettre d’amour au grand écran » et je ne pourrais pas être plus d’accord. Bien que le film soit d’une durée de 2 h 35 minutes, vous serez tellement captivés que le tout se déroule en un claquement de doigts! Je demande à tout le monde qui ne l’aurait pas encore vu et qui est intéressé d’aller le voir EN SALLE. Oui, vous pouvez le voir sur HBO Max, mais je vous le garantis : un film d’une telle ampleur doit absolument être expérimenté sur le plus gros écran possible. Rien ne vous empêche de le regarder de nouveau en ligne une seconde fois, mais pour une première impression, allez en salle. Je vous promets que vous ne serez pas déçus!

Sur les affiches promotionnelles de Dune, on peut voir le slogan « Ça commence ». Je confirme : ceci n’est que le commencement de quelque chose de plus grand que nature…

Dune : première partie

★★★★★

Science-fiction de Denis Villeneuve. Avec Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Jason Momoa, Sharon Duncan-Brewster, Josh Brolin, Zendaya, Charlotte Rampling, Stellan Skarsgard, Dave Bautista. États-Unis–Canada, 2021, 155 minutes.

Alexis Savoie

Présentement étudiant en Communication à l'Université de Sherbrooke, Alexis a toujours affectionné l'écriture. Passionné de littérature, de cinéma, de musique et d'art, il souhaite avant tout partager son amour de l'univers culturel québécois.

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