Crédit photo : © Mackenzie Sanche / Projection · Culturel

Violette : bye bye, la femme-corneille

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Violette TGV
© Théâtre Gilles-Vigneault

Le 18 et le 19 septembre, le Théâtre Gilles-Vigneault offrait une expérience de théâtre immersif nous transportant dans un tout autre univers : le spectacle Violette.

J’ai monté le grand escalier du Théâtre Gilles-Vigneault, un peu incertaine de ce à quoi je devais m’attendre. J’avais relu le mystérieux synopsis de la pièce à plusieurs reprises, et j’étais bien au courant des avertissements de contenu sensible : violences sexuelles et abus faits à une femme en situation d’handicap.

Arrivée en haut de l’escalier, j’ai été accueillie par une sympathique jeune femme qui avait l’air sincèrement heureuse de mon arrivée. Elle avait un handicap intellectuel. Elle s’est présentée, Violette, et je me suis présentée à mon tour. Elle m’a invitée à visiter sa chambre, tentant de me dire télépathiquement la couleur des murs, blanc, puis m’a permis de m’assoir sur son lit et de mettre sa couverture blanche préférée sur mes genoux.

Elle m’a expliqué que le casque de réalité virtuelle qui reposait à mes côtés lui servirait à m’expliquer des choses difficiles et de me raconter son histoire, qui sort parfois « tout croche ». 

Coupée du monde

Mettre un casque RV en plus d’une paire d’écouteurs, ça nous détache de la réalité. Tout ce que j’avais de tangible pour me rappeler que c’était un spectacle était la texture du tricot de la couverture de Violette. Et encore, j’ai été complètement submergée.

Devant moi, Violette est apparue. Elle était contente d’avoir de la visite. Les gens ne la visitaient pas si souvent. Elle m’a présentée à la femme-corneille, une femme imaginaire et plutôt hostile à la peau bleue qui ne cessait de remettre Violette en question. La femme lui martelait qu’elle devrait la suivre dans la forêt, la jolie forêt sombre peinte dans le cadre favori de Violette. Toutefois, Violette préférait rester avec son invitée. Elle aimait recevoir des invités.

La femme-corneille lui rappelle cruellement l’un des invités de la jeune femme, Joe. Le bleu envahit sa chambre blanche et pure, pure comme l’esprit tatoué de gentillesse de Violette. Le bleu, c’est les souvenirs, c’est le malaise. Joe était un ami de la famille, un bonhomme bien habillé qui parlait anglais et qui était gentil avec Violette. Violette avait du mal à expliquer ce qui s’est passé avec lui.

Des souvenirs tachés de bleu

Violette TGV
© Charles Lafrance / Théâtre Gilles-Vigneault

Alors qu’elle m’avait volontairement et gentiment invitée dans l’intimité de sa chambre, Joe s’était invité par lui-même. La femme-corneille ne se gêne pas de hanter Violette, lui disant qu’elle aurait pu refuser, qu’elle aurait dû refuser. Pour Violette, c’était spécial d’être appréciée et vue comme une femme, mais rapidement cette impression s’est estompée.

Le bleu continue d’envahir et de tacher la chambre, mais Violette refoule ses sentiments et ses souvenirs, pour que finalement le bleu se replie sur lui-même. Elle collait toujours des autocollants de roses bleues sur sa tête de lit pour l’occuper à le décoller pendant que Joe s’imposait.

On explore peu à peu l’effet déchirant et traumatisant d’abus sexuels, plus précisément pour les femmes en situation d’handicap intellectuel. Les avertissements de contenu sensible avaient bien leur place, malgré que l’on ne visionne pas de scènes graphiques. Malheureusement, l’imaginaire est bien plus que suffisant pour combler les trous dans l’histoire.

Puis, Joe était disparu.

« Pour toi »

Au final, Violette se décide. Elle sortirait de sa chambre. Il faisait beau dehors. Elle sortirait des pièges que son cerveau et son imagination lui posent. Elle sortirait du silence. Elle irait à l’extérieur, voire même extérioriser son histoire, d’où l’importance pour elle de nous la raconter. De se libérer de l’emprise de la femme-corneille, l’ombre toxique de sa honte, sa tristesse, son déni et sa culpabilité.

Plongés dans le bagage qu’elle traîne toujours avec elle et dans son imagination cruelle, nous voyons finalement une tache bleue devenir jaune alors que Violette sort. Alors qu’on dit au revoir à la tristesse et la hantise, le jaune invite à la force, l’amitié et la joie.

Je vois apparaître le mot « fin », et l’invitation à retirer mon acoutrement de réalité virtuelle. Je reste assise sur le lit de Violette, continuant d’absorber les vagues d’émotions qui ne se sont pas encore dissipées. Je replie sa couverture doucement et j’aperçois, sur la chaise devant moi, un petit sac brun. « Pour toi ». Je prends le sac et je sors en silence, seule.

L’organisation de la pièce de théâtre en contexte de pandémie était superbe. L’expérience individuelle était stratégique, oui, mais prenait aussi tout son sens avec l’intimité du partage de Violette. L’équipe derrière ce spectacle a mis sur pied une œuvre doucement puissante et signifiante qui aborde des sujets difficiles avec brio en nous plongeant dans un univers loin en-dehors de notre zone de confort. En échange de notre confiance, le théâtre et l’équipe derrière Violette nous offre une expérience inoubliable.

Decrescendo en toute douceur

Même après que j’aie mis les pieds hors du théâtre, j’ai pu témoigner davantage de la force de Violette. Mon petit sac de carton brun contenait un autocollant d’une rose jaune, porteuse d’espoir. Le contraire de la rose bleue qu’on m’avait collée au chandail à mon arrivée au théâtre. 

Il y avait aussi un petit papier illustrant la forêt de la femme-corneille qui se dépliait pour y lire un message de Violette, nous invitant à lui écrire si on avait besoin de parler. Je me sentais comme nous étions devenues amies, je serais bien restée à jaser avec elle, dans sa chambre. Elle écrit qu’il y avait de quoi nous aider si nous aussi, nous avions du mal à se débarrasser de la femme-corneille.

J’ai été laissée pensive avec, dans une main, le contact du Regroupement des CALACS, et dans l’autre, une plume noire. Comme m’en avait averti le synopsis de la pièce de théâtre immersive du Théâtre Gilles-Vigneault : « Retirez le casque, retrouvez la vie réelle. Avec un regard transformé, peut-être, sur ce monde que vous partagez, vous, Violette et les autres. »

Le personnage de Violette en est un que je ne suis définitivement pas près d’oublier. 

Mackenzie Sanche

Une amoureuse des arts, de l'écriture, de la photographie et de la vidéo, sans oublier des animaux et de la nature, Mackenzie vient tout juste de terminer ses études collégiales en journalisme et continue son parcours à l'Université Concordia. Elle cherche tout simplement à vivre de ses passions et à relever de nouveaux défis.

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