Crédit photo : © Île de l'amour / Page Facebook

L’île de l’amour… ou contribuer au maintien des stéréotypes

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Des filles minces en maillot de bain, des gars musclés à souhait sans le moindre bourrelet, de quoi faire rêver le public québécois (ou le complexer) dès le premier épisode de la nouvelle téléréalité L’île de l’amour.

Non seulement la diversité corporelle est totalement inexistante dans cette émission, mais ce qui est encore pire, c’est le concept même basé sur la beauté, sur le physique et rien d’autre. Comment, me direz-vous?

Eh bien, c’est simple : cinq filles (en maillot de bain, rappelons-le) attendent que cinq garçons se présentent à elles, torse nu, pour pouvoir s’avancer lorsque l’un d’entre eux les fait vibrer. Ce que ça signifie lorsqu’une fille choisit l’un des hommes? Ils forment un couple. Uniquement basé sur le physique.

Déjà, Occupation Double a souvent été critiqué pour son concept. Trouver son âme sœur dans une téléréalité un peu forcée, c’est limite. Ici, on assiste à quelque chose de bien pire : dans une ère où tous et chacun se battent pour amener plus de diversité corporelle dans la télévision québécoise et dans la sphère médiatique, on vient faire un bond en arrière en présentant L’Île de l’amour.

D’abord, lorsque le concept a été annoncé il y a quelques mois, c’était clair et net que les candidats n’allaient pas être issus de la diversité corporelle. Voyons, ce n’est pas le but! Mais c’est encore plus déplorable pour la personne qui regarde ces corps et qui ne s’y identifie pas, qui ne se sent pas bien dans sa peau et qui voit cette émission débarquer, faisant fi de tous les avancements des dernières années d’inclure tous les types de corps à la télé. Parce que ÇA, c’est la réalité.

Alors pourquoi qualifier L’île de l’amour comme une téléréalité si elle ne fait qu’être le miroir des stéréotypes de la société? Et même, si on pousse plus loin, on pourrait dire ce ne sont pas que des stéréotypes : c’est littéralement l’image d’un corps parfait que la majorité de la population n’atteindra jamais.

En effet, selon une statistique se trouvant sur le site du gouvernement du Québec, ce sont moins de 5 % des femmes qui ont « naturellement une silhouette semblable à celle des mannequins. »

De l’hypersexualisation?

Alors qu’on tente de donner de la visibilité aux minorités pour qu’elles se sentent vues et entendues, on accorde une émission complète sur l’importance du physique, avec l’hypersexualisation des deux genres en prime.

Selon le site du gouvernement du Québec toujours, cette sexualisation de l’espace public « habitue la population à des représentations stéréotypées et irréalistes des femmes. La séduction et la recherche d’attention résument souvent le rôle qui leur est attribué. Elles sont aussi soumises à une forte pression pour être sexuellement actives et attirantes. » C’est drôle, c’est pratiquement comme lire le résumé de l’émission, non?

On ajoute, sur cette même page, que ce phénomène contribue à amplifier certaines normes socioculturelles de la beauté. Chez la femme, on peut la qualifier de « blanche, mince, avec des lèvres pulpeuses, des cheveux longs et une poitrine généreuse. » On peut quand même souligner que la production de L’île de l’amour a inclus des personnes noires dans ses candidats. Le reste, vous pouvez constater par vous-même qu’il s’agit de la description énoncée ci-haut.

C’est aussi le cas pour l’homme, qui subit les contrecoups de ces normes. Selon le site du gouvernement, il « personnifie la force, l’énergie et la domination. Il impressionne par son indépendance et son goût de l’aventure. Il a les pectoraux musclés, les épaules larges et le visage impassible. » Il est à même de constater que les garçons représentent parfaitement cette description.

Sur ce, il ne reste qu’à voir si les candidats trouveront l’âme sœur sur la péninsule mexicaine en maillot de bain à se faire griller la couenne, alors que les Québécois sont restés dans le confort de chez soi pendant la dernière année parce que… ah oui, on est en pleine pandémie.

Rosie St-André

Passionnée par l’écriture et la lecture depuis son jeune âge, Rosie a un amour inconditionnel pour la langue française et la culture québécoise. Finissante en journalisme en ATM, elle croit important de soutenir les artistes d’ici en leur donnant une voix au sein des différents médias afin de promouvoir le talent de la province

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