Crédit photo : Jay Arsenault

« Le purgatoire des intimes » : valser brillamment avec les limites de l’acceptable

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Moins d’un an après la présentation de son premier long-métrage, le cinéaste Philippe Cormier entamait hier le dernier bloc du tournage de son prochain film, Le purgatoire des intimes. Dans ce nouveau projet, le réalisateur poursuit son exploration des problèmes de santé mentale, un sujet qui le fascine particulièrement.

En plus d’un vent de fraîcheur dû à son jeune âge, Philippe Cormier amène au cinéma québécois une grande générosité et une ouverture d’esprit très appréciée par ses collègues. « Philippe ne voit pas vraiment le CV, il voit avant tout la personne et désire collaborer avec des gens qui savent collaborer, fait valoir Rebecca Gibian, qui en est à sa deuxième collaboration avec le réalisateur. Je pense que c’est cette qualité-là qui le rend vraiment spécial ».

© Photo Courtoisie / Le purgatoire des intimes

En effet, l’équipe de tournage sur Le purgatoire des intimes est majoritairement composée de jeunes de la relève. Collaborer sur un projet d’envergure comme un long-métrage en début de carrière, c’est une opportunité en or pour plusieurs. Les bons conseils des comédiens plus expérimentés comme Normand D’amour ont été très précieux pour certains. « Normand m’a beaucoup aidé, confie Clodine Desrochers en entrevue avec Projection · Culturel. Il a été super généreux, il m’a donné des petits cue ».

L’art de l’anti-casting

Lorsqu’un film est réalisé, le choix du casting est extrêmement important. Peu importe la beauté du scénario ; si le casting ne fonctionne pas, alors le film ne sera pas bon. Pour Le purgatoire des intimes, Philippe Cormier est allé chercher des acteurs qui sont aux antipodes de leurs personnages. « Les gens sont souvent associés physiquement à des types de personnages ou à des types de personnalité et j’essaie de les sortir de ça, explique le cinéaste. Je sais qu’ils sont capables de faire ce qu’il ne leur ressemble pas ».

« Je pense que tout le monde – même les gens très calmes et positifs -, on a tous une partie d’ombre en dedans de nous. Parfois, on se retient tellement… Je trouve ça le fun d’avoir l’occasion de faire sortir le méchant. Il faut aussi aller puiser dans nos expériences personnelles. Moi, j’ai déjà vécu une relation toxique donc je peux aller puiser dans cette agressivité-là. Mais pour moi, ça me plaît de jouer dans une zone que je n’ai pas vraiment explorée en tant qu’animatrice. »

Clodine Desrochers, en entrevue avec Projection · Culturel

Comme dans Lorsque le coeur dérange, l’histoire de ce second long-métrage est sombre et décomplexée. Ça force les comédiens à aller puiser dans leur côté plus sombre pour faire sortir une arrogance et une colère avec lesquels ils ne vivent pas au quotidien. « Mon personnage, c’est une femme très sévère qui est très loin de moi, affirme la chanteuse Mélissa Bédard. C’est vraiment un anti-casting parfait. Je suis capable d’avoir de l’autorité et je me le permets ».

Descente aux enfers

Selon le Larousse, le mot « purgatoire » signifie lieu, état provisoire où l’on souffre. Ce mot s’applique parfaitement à la descente aux enfers que vit Alain, le protagoniste du film. « C’est un homme qui a énormément de difficulté avec son entourage… Socialement, il est très renfermé. On peut dire qu’il est dans le spectre de l’autisme, Asperger, dédoublement de personnalité, dépression. Ensemble, ça fait un cocktail un peu weird », explique Normand D’amour en parlant de son personnage.

Même s’il est habitué à jouer des rôles plus sombres, l’acteur de 37 ans d’expérience affirme que c’est la première fois qu’il interprète un tel rôle. Il précise avoir ficelé le personnage à sa façon en y ajoutant un peu de son grain de sel et en aidant également Philippe Cormier à trouver la fin du film, ce dont il est particulièrement fier. « À la fin du film, tout le monde va être surpris », ajoute le comédien.

© Photo Courtoisie / Le purgatoire des intimes

Valser avec le sexe et les maladies mentales : les limites de l’acceptable

Si le premier film de Philippe Cormier traitait déjà de sujets considérés « tabous » de façon crue et vraie, Le purgatoire des intimes danse carrément un dangereux numéro avec les limites de l’acceptable. Quand est-ce que c’est considéré comme « trop loin » ? C’est la question que se pose Philippe en tournant certaines scènes où il y a un rapport à la sexualité ou aux troubles mentaux. « Je sais que mes sujets, ce sont déjà des risques d’avance, concède le réalisateur. Là, je suis vraiment à la limite de ce qui pourrait être accepté ou non en termes de sexualité, de propos, de maladies mentales. Ce sont des trucs qui n’ont pas vraiment été abordés en profondeur parce que c’est quand même délicat ». Pour lui, même s’il est certain que le film divisera les téléspectateurs, c’est un mal pour un bien : « Je pense que c’est ça qu’il faut pour faire passer le message ».


Le purgatoire des intimes a entamé hier sa dernière ligne droite avant la postproduction et sortira probablement en salle dès 2022.

Audrey Robitaille

Amoureuse des mots depuis toujours, Audrey étudie présentement le journalisme à l’UQAM. Passionnée d’écriture, de théâtre et de tout ce qu’elle entreprend, elle souhaite partager son amour de la culture québécoise.

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