Crédit photo : Sophie Lanthier / Ishkopè

Inspiration PC : rendre hommage aux 215 victimes de Kamloops avec Samian

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Dans les dernières semaines, plusieurs tombes découvertes sur les sites de pensionnats autochtones partout au Canada sont venu confirmé ce que les peuples autochtones savaient déjà : ces « écoles » où l’on torturait les enfants autochtones ont été le théâtre de plusieurs massacres. Aujourd’hui, on dénombre plus de 1300 victimes de ce génocide colonial. Le 21 juin dernier, à l’occasion de la Journée nationale des peuples autochtones, le rappeur Samian a lancé « Ishkodè », une nouvelle chanson rendant hommage aux enfants de Kamloops.

Ce sont 215 dépouilles d’enfants qui ont été retrouvés enterrés sur le site d’un pensionnat autochtone de Kamloops, en Colombie-Britannique, il y a un mois. Un nombre qui a ébranlé le Canada ainsi que les nations autochtones, en deuil. Dans le but d’honorer la mémoire de ces enfants disparus, Samian a sorti la semaine dernière une nouvelle chanson en leur hommage.

« Ishkodè », qui signifie feu, est accompagnée d’un vidéoclip dédié aux victimes du pensionnat. Réalisé en collaboration avec Delbert Sampson, un aîné de la Première nation Secwepemc de Shuswap Lake Salmon Arm de Colombie-Britannique qui a lui-même survécu au pensionnat. Ce clip a pu être réalisé grâce à la générosité de la Commission de développement des ressources humaines des Premières Nations du Québec.

« Le 21 juin c’est toujours une belle opportunité de souligner la Journée nationale des Premières Nations. C’est à nous de prendre la parole, soutient Samian en entrevue avec Radio-Canada. Elle est là l’importance de le souligner de cette façon-là. Moi, ce que j’apprends et ce que j’ai appris avec Delbert qui est un aîné que je respecte énormément, c’est la résilience, le côté calme qu’on peut avoir parfois de dire les choses à travers des tempêtes et c’est ce qu’on voit beaucoup chez les Premières Nations aussitôt qu’il arrive des tragédies ou des choses comme ça, il y a quand même un côté pacifique, un côté calme, posé, qui vient expliquer les choses avec du recul »

© Vidéoclip de « Ishkopè » par Samian

Témoigner du pire

Au début du clip, Delbert Sampson s’adresse aux auditeurs pour raconter un bout de son histoire. De huit à seize ans, il est resté au pensionnat de Kamloops et a survécu au pire. Quand il en est parti, il a dû entamer un long processus de guérison. Pour lui, danser dans les Pow-wow a fait toute la différence.

Pendant son témoignage, on peut sentir toute la résilience de celui qui a survécu au pire. Si maintenant il trouve son bonheur dans la musique et la danse, Delbert Sampson n’a pas oublié les années d’assimilation subies au pensionnat. « C’est une façon de se sentir chez nous, de retourner à nos origines et à nos racines », conclut-il. Le chemin de la guérison est long et difficile, mais la découverte de tous ces corps a permis aux nations autochtones de se rassembler à nouveau en trouvant de la force dans leur unicité.

C’est un message d’espoir que Delbert Sampson a transmis dans ce nouveau vidéoclip. Un pas de plus vers la guérison, aussi longue soit-elle. Unissons-nous en la mémoire de ces milliers d’enfants disparus et qui n’ont jamais pu rentrer chez eux. Pour que ça s’arrête et que jamais ça ne recommence.

Un vidéoclip particulier

Tout au long de la vidéo, on peut voir plusieurs générations danser dans leurs habits traditionnels et avoir du fun. C’est un beau message à envoyer dans l’univers.

« On a eu la surprise d’arriver sur le plateau de tournage avec lui, ses enfants, ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants, donc quatre générations de survivants du pensionnat de Kamloops qui font un pow-wow. C’est juste extrêmement puissant comme image », affirme Samian en entrevue avec Radio-Canada.

Ishkodè :
« Ce que je vois, ce que à quoi je ressemble.
Viens voir mes souffrances.
Je n’ai pas toujours vécu comme j’aurais voulu vivre.
Plusieurs ont cru en moi.
Je vois maintenant que ce qui m’arrive aujourd’hui est important.
Je n’ai pas toujours cru en la vie.
On m’a ouvert un beau grand rideau.
J’ai pu voir ce qu’était réellement la vie. »
© Page Facebook Samian

Samian : rapper la paix

Si vous ne connaissez pas encore le rappeur Samian, originaire de Pikogan, une petite communauté autochtone en Abitibi-Témiscamingue, vous manquez quelque chose. L’artiste est de plus en plus connu partout au Québec et a notamment participé au spectacle de la Saint-Jean-Baptiste mercredi dernier. Samian, c’est un chanteur fier de ses origines, qui n’hésite pas à afficher ses couleurs. Au travers de sa musique, il revendique la reconnaissance de tout un peuple.

Samian n’est pas seulement inspirant, il est aussi très talentueux. Ayant déjà sorti quatre albums, le rappeur est aussi poète, photographe et acteur à ses heures. Il a notamment remporté en 2016 le prix « Artiste pour la paix », reconnu partout au Canada.


« Ishkodè » est le second morceau de son cinquième album Nikamo, dont la sortie est prévue le 6 août prochain.

Audrey Robitaille

Amoureuse des mots depuis toujours, Audrey étudie présentement le journalisme à l’UQAM. Passionnée d’écriture, de théâtre et de tout ce qu’elle entreprend, elle souhaite partager son amour de la culture québécoise.

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