Crédit photo : © Les films du 3 Mars

Ainsi soient-elles : vivre jusqu’au bout, et au-delà

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Dans Ainsi soient-elles, son premier long métrage, le réalisateur Maxime Faure nous propose une rencontre émouvante et percutante avec les dernières représentantes de la communauté des Sœurs auxiliatrices.

Fondé il y a de cela 70 ans, le volet québécois de cette communauté n’est plus composé, aujourd’hui, que de huit religieuses qui préparent doucement la fin de son histoire. Loin de s’en désoler, les sœurs accueillent cette étape naturelle avec sérénité, profitant de l’occasion pour réfléchir à la trajectoire de leurs vies, aux luttes qu’elles y ont mené, et surtout à ce qui en reste.

Héroïnes méconnues

Les Sœurs auxiliatrices du Québec laissent en effet tout un héritage, elles qui ont passé leurs vies à défendre les opprimés de toute sorte. Comme en témoigne leur collection de macarons, qui suffit à résumer toute l’histoire du Québec militant, elles ont été de toutes les marches, des protestations syndicales aux luttes féministes en passant par les manifestations de solidarité internationale. Elles n’ont jamais eu peur de dénoncer les injustices qu’elles ressentaient, que celles-ci appartiennent au monde politique ou au fonctionnement interne de l’Église, ces deux « mondes d’hommes ».

C’est dans l’intimité de leurs appartements que nous emmène Maxime Faure, où l’on découvre les Sœurs dans la simplicité et la beauté de leurs quotidiens rythmés par les rassemblements, la cuisine, l’attente de la lune ou encore le premier concerto pour violon de Bruch. Et d’une trouvaille à l’autre, d’une rencontre à la prochaine se dessinent une à une ces vies de courage, de dévouement et de liberté.

Une histoire qui se poursuit

Il n’y a rien de fataliste dans ce regard tourné vers le passé : si les huit femmes sont conscientes de la finitude de leur institution et de leurs propres vies, elles savent que leur décision de laisser s’effacer leur communauté, qui ne recrute plus depuis un certain temps, est la bonne. Convaincues que celles qu’elles considèrent « un peu comme [leurs] filles », les militantes d’aujourd’hui, sauront, à leur manière, poursuivre leur quête de justice, elles se contentent de vivre leurs propres vies pleinement, jusqu’au bout, heureuses de savoir que leurs combats et leurs valeurs leur survivront.

Le documentaire conjugue habilement la douceur d’un quotidien paisible à la force impressionnante de ces femmes brillantes que rien n’a su arrêter, pas même la peur, qui n’est pour elles qu’une « façon de susciter des problèmes ». L’équipe de réalisation et de production du film, composée en bonne partie de femmes, en a fait une œuvre équilibrée et élégante, rehaussée par la musique efficace de KROY (Camille Poliquin, du duo Milk & Bone), qui s’est d’ailleurs mérité le titre de « Meilleure trame sonore originale – non fiction » de la Fondation SOCAN 2020. Le rythme lent, presque solennel du documentaire donne le temps d’apprécier pleinement le temps passé auprès de ces femmes, dont chaque moment est tellement chargé de souvenirs et de beauté.

Le film, sorti vendredi dernier, est actuellement projeté dans plusieurs salles de cinéma. Les Québécois pourront y faire la rencontre de ces femmes extraordinaires et se laisser, eux aussi, inspirer par ce qui fait la beauté de ce documentaire limpide : celle de ces femmes, de leurs luttes, et surtout de leur message d’espoir indéfectible en l’avenir d’un Québec qu’elles espèrent, à leur image, juste et libre.

Marguerite Setrakian
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