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La fin des faibles est aussi le début de J.A.M.

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Gagnant de La fin des faibles, le tout premier concours de rap télévisé au Québec, J.A.M. est voué à un avenir prometteur. Charismatique, compétent et sûr de lui, le rappeur de 22 ans a tout ce qu’il faut pour se faire un nom dans cette industrie. Projection · Culturel l’a rencontré.

J.A.M. a beau avoir adoré son expérience à La fin des faibles, il n’y a pas connu le parcours le plus aisé. Contrairement à plusieurs de ses opposants, il n’avait jamais participé à des compétitions de freestyle avant de s’embarquer dans l’émission.

Si ce manque d’expérience ne l’a clairement pas importuné lors de la grande finale, il a tout de même été un facteur de stress important sur le plateau.

« Honnêtement, c’était beaucoup beaucoup de stress. […] C’est le genre de truc qui est pas nécessairement plaisant à vivre tout le long, mais quand tu regardes en arrière, t’es content de l’avoir fait. »

– J.A.M.

À La fin des faibles, tout s’est fait assez rapidement. Le 1er mars, Télé-Québec diffusait le premier épisode. 23 jours plus tard, on le couronnait vainqueur. « Tu écrivais tes textes et une semaine plus tard, il fallait que tu les performe à la télé », explique celui qui a notamment dû passer par la seconde chance pour faire ses preuves.

Le contexte obligeait les participants à être efficaces, ce qui générait évidemment son lot de stress. Ce qui aidait à passer au travers, c’est l’approbation et la réaction des juges lors d’une performance.

« Quand je faisais une punchline et que j’entendais Souldia crier, je savais que j’étais dans la bonne direction. Ça me permettait justement de gérer ce stress. »

– J.A.M.

Au moment où ces lignes sont rédigées, J.A.M. est connu comme le gagnant de La fin des faibles. Sauf qu’il aurait très bien pu, s’il en avait fait le choix, l’être comme Jamil Assoum dans les maisons de Star Académie.

Production Déferlantes l’avait invité à passer les auditions, ce qui aurait pu lui procurer une portée dix à douze fois plus grande en termes de téléspectateurs. Sauf qu’il se reconnaissait moins en ce genre de concept.

« La raison pour laquelle j’ai pris cette décision, c’est parce que c’est ça que mon instinct, mon cœur, ma petite voix me disait au fond de moi. C’est ça le plus important dans la vie. […] Si tu t’écoutes toi-même, tu prends toujours les bonnes décisions. »

– J.A.M.

De faire apprécier son art (en l’occurrence le rap) dans une émission de variétés du dimanche soir, ça aurait été plus complexe : « Si j’étais allé à Star Académie, j’aurais eu plus de visibilité, mais est-ce que j’aurais plus rayonné? Est-ce que mon art aurait plus rayonné? J’en doute. »


J.A.M. a grandi à Boucherville, mais ses parents sont nés au Liban. Sans avoir eu une enfance particulièrement difficile, il note tout de même avoir vécu un certain choc culturel.

« C’est pas juste le teint de la peau. Quand tu rentres chez toi et que t’es un immigrant de deuxième génération, tu vis un clash incroyable. Tu manges pas la même bouffe, t’écoutes pas la même musique, tu regardes pas la même télé, tu parles pas la même langue. Et quand tu sors, c’est autre chose. […] Ça fait qu’en étant jeune, tu te questionne beaucoup. »

– J.A.M.

Sauf que cette double identité vient également avec quelques avantages. Fluent en français, en anglais et en arabe, J.A.M. adore les mots. Sans pouvoir savoir pourquoi, il attribue un amour distingué à l’écriture – qualité d’embauche recherchée chez quelqu’un qui aspire à faire carrière dans le rap.

Outre celle des mots, l’influence des mangas et des anime japonais a été fort importante pour lui. À leur manière cartoonesque, les mangas et les anime inculquent des leçons de vie et parlent de plusieurs choses vécues au quotidien. C’est divertissant, mais aussi formateur.

« Avant d’être inspiré par des Kanye [West] et des Michael Jackson, j’étais inspiré par des Sangoku et des Naruto. […] Ça a vraiment formé ma personnalité. »

– J.A.M.
Naruto et Sangoku sont deux des personnages les plus cultes de l’univers des mangas.

Et pour la suite?

Étudiant à l’UQAM en stratégie de production culturelle et médiatique, le jeune artiste a expliqué à Projection · Culturel que le rap est accessible. Comme on n’a besoin que de papier et d’un crayon, tout le monde est équipé pour en faire. Mais comme tout le monde n’a pas la même réalité, il y a des groupes qui se forment.

Ce phénomène, il s’observe dans le rap au Québec – et J.A.M. souhaiterait en quelque sorte briser ces barrières. Certes, il se demande beaucoup en s’imposant cet objectif. Mais pour lui, « l’union fait la force ». Alors ça vaut le coup.

« Si on réunit ces cliques-là, au final, on réunit aussi ces différentes réalités dans la société. […] J’ai côtoyé les riches des riches et les pauvres des pauvres, donc je suis capable de voir un peu des deux mondes. C’est pour ça que je pense que je suis dans une bonne position pour essayer de jumeler les deux. »

– J.A.M.

J.A.M. voit grand. Des noms comme White-B, Zach Zoya, LaF et FouKi figurent tous sur sa liste de collaborations souhaitées – d’où la volonté de vouloir ériger des ponts entre les différentes sphères du rap québécois.

Et c’est sans oublier des gars comme LeMind et Raccoon, deux finalistes de La fin des faibles qui font partie de sa génération et qui le rejoignent par les valeurs. En entrevue, J.A.M a laissé entendre qu’une collaboration en trio n’était pas impossible.

À court terme, celui qui compte déjà un album (BARRIÈRES, 2019) et un EP (ÉQUINOXE, 2020) à son actif a les yeux braqués sur les Francouvertes. Ayant livré une belle performance la semaine dernière lors de la première ronde, J.A.M. est assuré de se qualifier pour le tour suivant, qui devrait se tenir le 26, 27 ou 28 avril.

On lui souhaite bon succès.

William Thériault

William est un véritable passionné d'actualité et d'information. Rêveur se démenant au quotidien, il a le journalisme pour vocation. Couvrir la culture, c'est un moyen de sortir de sa zone de confort.

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