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Inspiration PC : repenser l’amour avec India Desjardins

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De semaine en semaine, je vous présente différents artistes qui inspirent les Québécois à leur manière. Le Québec étant sujet à une vague de violence envers les femmes ces dernières semaines, il me paraissait important de souligner le travail d’une femme qui propose une réflexion sur les différents modèles amoureux qui empoisonnent l’idée que l’on se fait de l’amour. Dans son dernier livre, India Desjardins tente de démontrer l’impact qu’ont les comédies romantiques sur nos relations amoureuses.

Mister Big ou la glorification des amours toxiques, paru le 6 avril dernier, décortique la relation de Mister Big et de Carrie de la populaire télésérie Sex and the City, un amour qui présente tous les traits de la violence psychologique. Sous la forme d’un essai, India Desjardins se questionne sur l’impact que de tels modèles peuvent avoir sur notre façon de voir l’amour.

« Je ne peux m’empêcher de me demander » : est-ce que les relations dépeintes dans ces comédies romantiques relèvent de la violence psychologique, et est-ce que, ce faisant, ces œuvres de fiction aux sempiternels happy ends ont un impact sur nos vies ?

India Desjardins, en entrevue avec La Presse

À l’instar de 365 jours ou 50 nuances de Grey, la série dépeint un personnage aux répliques parfois glaciales, parfois séductrices. Bref, le portrait typique de tous les personnages toxiques de téléséries romantiques. Par exemple, je pense à Dean ou à Jess de Gilmore Girls, les amateurs de la série — moi la première — ont tous leur favori. Team Dean ou Team Jess ? Pourtant, quand on regarde de plus près, aucun d’eux n’est vraiment bon pour Rory. D’un côté, Dean est possessif, jaloux et contrôlant. De l’autre, Jess est visiblement troublé et instable, incapable de s’engager. Pourtant, nombreuses sont les filles qui tombent raides dingues amoureuses de l’un de ces garçons.

Une réflexion nuancée

© Mister Big ou la glorification des amours toxiques

Dans son ouvrage, India Desjardins explore plusieurs études sur le sujet pour conclure qu’il y a « autant d’études positives que négatives ». Par contre, on peut se questionner sur l’effet que ça a sur les téléspectateurs de toujours voir un couple dysfonctionnel finalement marché. Cela donne l’impression qu’une relation toxique peut éventuellement donner quelque chose de bien. « Est-ce qu’on glorifie dans les œuvres les relations toxiques ? Ma théorie, c’est que oui », a confié l’auteure en entrevue avec La Presse.

Mais si la fiction n’est pas la réalité, la ligne est mince entre les deux. Par exemple, dans Journal d’un vampire, préférer Damon Salvatore — ténébreux, troublé —, à Stefan, l’amoureux parfait, montre-t-il une certaine tendance pour les hommes qui vont nous briser le cœur ?

Dans plusieurs œuvres, la violence psychologique et conjugale est souvent banalisée. India Desjardins espère que les lecteurs de sa thèse puissent à l’avenir identifier une situation toxique ou violente pour s’en sortir. S’oublier soi-même par amour, ce n’est pas ce que la société doit glorifier.

Éveiller les consciences

Avec son livre, India Desjardins souhaite pousser la société à une réflexion collective : y-a-t’il place à l’amélioration ? Selon elle, il faut « réfléchir aux impacts de la fiction, sortir du schéma traditionnel de scénarisation et oser raconter d’autres récits, bref, en finir avec ce modèle unique et toxique ».

Ces dernières semaines, huit féminicides ont été enregistrés au Québec seulement. Son livre s’inscrit donc dans un mouvement plus grand : celui d’éveiller les consciences. Il est temps que la société et ses idéologies changent. « Avec la question de la violence conjugale, on a tous une réflexion de société à faire. Ce n’est pas vrai que la fiction est le seul domaine à ne pas avoir à y réfléchir, sous prétexte que c’est de la fiction. On doit tous participer à cette réflexion, en tant que société », a-t-elle déclaré à La Presse.


Mister Big ou la glorification des amours toxiques d’India Desjardins est disponible ici.

Si vous ou l’un de vos proches êtes victimes de violence conjugale, contactez SOS violence conjugale au 1-800-363-9010.

Audrey Robitaille

Amoureuse des mots depuis toujours, Audrey étudie présentement le journalisme à l’UQAM. Passionnée d’écriture, de théâtre et de tout ce qu’elle entreprend, elle souhaite partager son amour de la culture québécoise.

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