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Chute libre dans la maladie mentale

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Quand on m’a demandé de couvrir la première du long-métrage Lorsque le coeur dérange de Philippe Cormier, je ne m’attendais pas à sortir de la projection avec la sensation d’avoir été comprise. Le film n’a pas seulement réussi à brosser le portrait d’une personne vivant avec un trouble psychologique, sa première a aussi été un succès monstre.

Premier long-métrage du réalisateur Philippe Cormier, 20 ans, Lorsque le coeur dérange a été présenté en primeur au Cinéma Impérial de Montréal, samedi après-midi. Prenant des allures hollywoodiennes, le tapis rouge a rassemblé une foule de monde, tous vêtus de leurs plus belles robes et de leurs costumes les plus chics.

Alors que les artistes défilaient les uns après les autres sur le tapis rouge, on pouvait sentir la fébrilité et l’électricité qui régnait dans le grand vestibule du cinéma. Pour plusieurs, cet événement était le premier auquel ils participaient depuis le début de la pandémie. C’était un retour à la normale, en quelque sorte, si on oublie les masques.

Mais si dans l’auditorium, le public applaudissait à tout rompre, des regards timides se perdaient dans les allées. Quand avais-je applaudi pour la dernière fois ? Il y avait dans les rires du public une beauté indescriptible, peut-être oubliée. C’est presque comme si Lorsque le coeur dérange avait défié la pandémie samedi. Ce n’est certainement pas les masques qui ont empêché les spectateurs de savourer chaque instant de ce bel après-midi.

Un premier film poignant

Du haut de ses 20 ans, Philippe Cormier en a surpris plus d’un en présentant son premier long-métrage devant une salle comble. Le film, loin d’être de niveau amateur, raconte une histoire dure, mais une réalité encore plus touchante. Philippe n’est pas le premier à aborder la santé mentale dans l’un de ses films, mais il l’a fait avec une justesse et une sensibilité qui lui est unique. De longues scènes dénuées de paroles nous plongent en chute libre dans la détresse de la protagoniste.

Bénédicte, personnage principal, souffre d’un trouble psychologique. Suite au braquage dont elle est victime à la pharmacie, elle succombe à ses blessures. De là, elle continue d’exister dans une vie parallèle. Cette seconde vie est tout le contraire de son quotidien : mari aimant, amies présentes, famille unie et carrière accomplie. Un rêve qui est brisé lorsqu’elle est finalement réanimée et qu’elle retrouve sa vie médiocre. À partir de ce moment, son quotidien ainsi que celui de plusieurs autres se retrouveront bouleversés par cette possibilité de « vie après la mort ».

Loin d’être un conte de fées, Lorsque le coeur dérange montre la réalité d’une personne qui vit quotidiennement avec un trouble psychologique. La maladie mentale telle qu’elle est, sans fard ni artifice.

Accompagnée seulement d’un piano, la chanteuse émergente Noëm a interprété « Zone grise », sa dernière chanson, composée spécialement pour l’occasion. En écoutant Noëm, le public n’a eu d’autres choix que de plonger avec elle. Pour tout savoir sur « Zone grise », cliquez ici.

Plonger en enfer

Rebecca Gibian (Bénédicte) interprétait pour la première fois une personne vivant avec la maladie mentale. Pour elle, il était important de ne pas rentrer dans les clichés et les stéréotypes. « C’est sûr que c’est un sujet qui est lourd à porter. On a tourné pendant 12 jours, des jours qui ont été très intenses, mais on a su s’entraider là-dedans », assure l’actrice.

Certaines scènes, très intenses émotionnellement, ont beaucoup touché Emmanuel Auger, qui interprète le mari de Bénédicte. L’une d’elles a été particulièrement difficile à tourner. « Il y a une charge émotive extrême, mais il faut encore une fois la tourner avec distanciation. Pour moi, c’était la scène la plus difficile du tournage », ajoute-t-il.

Croire au-delà de la distanciation

Bien des acteurs ont pu témoigner cette année des difficultés ajoutées par la distanciation sociale. À l’écran, le jeu peut paraître moins naturel puisque les acteurs doivent se tenir à distance l’un de l’autre. Dans Lorsque le coeur dérange, Emmanuel Auger et Rebecca Gibian, qui interprètent un couple, ont été confrontés au défi de faire croire en l’amour sans pouvoir se toucher.

« Il fallait arriver à faire croire que ce couple-là était éperdument amoureux, malgré la différence d’âge et une certaine distanciation », déclare Emmanuel Auger. Défi qui a été réussi puisque leur histoire d’amour est parfaitement crédible au grand écran, malgré les mesures de distanciation sociale telles que l’exigence d’un temps limité pour jouer les scènes d’amour.

© Jean-Simon Marchand /Projection · Culturel

À l’instar d’Emmanuel, Rebecca a mis du temps à s’adapter à ces nouvelles mesures. « La nature d’un comédien, je pense, c’est le rapprochement », débute-t-elle. « On est des gens qui aiment se rapprocher, se connaître et sentir l’énergie de l’autre. […] Sur les tournages, on n’avait pas besoin de penser à garder nos distances. D’autres étaient là pour nous arrêter si ça allait trop loin. »

Le tournage ayant été repoussé à deux reprises, l’avenir du long-métrage restait incertain. Le sort du Québec restait incertain alors que les régions changeaient souvent de couleur. Malgré tout, le réalisateur Philippe Cormier ne s’est pas découragé. « On était toujours dans le stress et dans le risque », confie-t-il. Comme plusieurs cinéastes, il a dû adapter son scénario en conséquence et dire adieu aux scènes de sexe, notamment.

En-dehors des sentiers battus

Dans ce film, Emmanuel et Rebecca ont tous deux dû sortir de leur zone de confort. Rebecca, qui a l’habitude d’interpréter des rôles anglophones, a eu beaucoup de plaisir à relever ce défi. Si on a pu l’apercevoir auparavant dans Bluemoon ou dans Demain des hommes, l’actrice est heureuse de pouvoir enfin jouer en français, chose qu’elle voulait faire depuis très longtemps. « L’anglais et le français, c’est deux mondes vraiment différents. Le goût artistique est différent au Québec. Il me ressemble plus », conclut Rebecca Gibian.

Quant à Emmanuel Auger, il a souvent joué des rôles de mauvais garçons. On le reconnaît notamment en tant que Christian Phaneuf, dans la quotidienne District 31. S’il n’a pas de préférences, l’acteur est reconnaissant d’avoir pu jouer un « gentil ». C’est d’ailleurs la raison qui l’a poussé à accepter le rôle lorsqu’il lui a été proposé. « Ça dérogeait des personnages de durs à cuire que je faisais généralement. C’est le fun de toucher à une nouvelle facette de son jeu », explique Emmanuel Auger.


Lorsque le coeur dérange a été présenté dans le cadre du Festival Émergence. Organisé par Zoé Duval et Camille Felton, le festival a pris fin hier, après trois jours de présentations.

Audrey Robitaille

Amoureuse des mots depuis toujours, Audrey étudie présentement le journalisme à l’UQAM. Passionnée d’écriture, de théâtre et de tout ce qu’elle entreprend, elle souhaite partager son amour de la culture québécoise.

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