Jeik Dion : du roman noir à la bande-dessinée

Aliss
© Horreur Québec / Site Web

Jeik Dion : du roman noir à la bande-dessinée

Il y a plusieurs années, Jeik Dion, auteur et illustrateur de bande-dessinée, assistait à une projection de film de Patrick Senécal animé par un ami. Lors de la période de questions, son ami lui donne la parole. Gêné, Jeik Dion lance l’idée d’adapter l’un des romans de Patrick Senécal en bande-dessinée. Il était loin de se douter que des années plus tard, il publierait Aliss adapté en BD avec l’auteur à succès. En entrevue avec Projection · Culturel, Jeik Dion se confie sur cette expérience et sur les projets qui l’attendent.

Après la projection, Patrick Senécal s’est entretenu avec Jeik Dion pour parler de son idée d’adapter l’un de ses romans en bande-dessinée. Le projet ne sera concrétisé que des années plus tard, tombant entre-temps dans l’oubli. Contacté par la maison d’édition de Senécal cinq ans après la projection, il commence à illustrer ses pochettes de livre.

© Jeik Dion

« J’ai eu la chance que Patrick vienne chez moi pour me raconter son livre au complet pour que je puisse en illustrer la pochette. À ce moment-là, le projet d’Aliss était un peu tombé à l’eau », explique Jeik Dion. C’est lors de l’une de ces « réunions » que Patrick aborde de nouveau le sujet en proposant à Jeik de travailler avec lui sur cette BD. « J’étais vraiment excité. J’avais déjà des dessins et des illustrations de prêts. Je lui ai envoyé tout ça, et tout a déboulé après ça », ajoute-t-il.

Adapter un roman

Adapter un roman en bande-dessinée peut sembler facile à réaliser en prime abord, sauf que c’est une tâche plutôt ardue. Jeik Dion, par exemple, a passé quatre mois à travailler à temps plein sur ce projet. Le principal défi est d’abord pour l’auteur de réduire le script au maximum. Ainsi, le roman qui comptait initialement 500 pages a été réduit une première fois à 125 pages.

Lors du découpage de la bande-dessinée, qui consiste à faire un brouillon de celle-ci, Jeik Dion a rencontré son premier problème. Après seulement 25 pages du script, il avait déjà 100 pages de roman graphique. Il a donc aidé Patrick Senécal à couper des scènes et des personnages. Par exemple, le personnage d’Andromaque est beaucoup moins présente dans la BD que dans le roman.

« À un moment donné, il m’a laissé la liberté de couper. J’ai dû couper une soixantaine de pages de son script et il l’a même pas remarqué. Si l’auteur lui-même ne voit pas ce que tu as enlever, ça veut dire que t’as vraiment bien travaillé », complète Jeik, une pointe de fierté dans la voix.

Si le nombre de pages a été réduit et que des illustrations sont venues s’ajouter aux dialogues, l’histoire d’Aliss, elle, est restée la même. Ainsi, vous retrouverez dans la BD le même univers sombre et bizarre que dans le roman.

La contrainte du temps

Le plus grand défi auquel Jeik a dû faire face reste le temps, plus communément appelé la « deadline ». En effet, puisque l’adaptation a été rendue possible grâce au sociofinancement, les gens s’attendaient à ce que le livre soit publié à une certaine date.

« J’ai dû faire beaucoup de pages en peu de temps [un an et demi], c’était ça le défi. »

Jeik Dion, en entrevue avec Projection · Culturel

Quand on pense à un illustrateur de bande-dessinée, on pense souvent à quelqu’un de penché sur sa table de travail, des crayons éparpillés partout autour de lui. Pourtant, de nos jours, beaucoup travaillent sur l’ordinateur. Si cela rend le travail plus « propre », ça le rend aussi beaucoup plus long, puisqu’on est constamment tenté de faire des retouches pour atteindre la perfection. Pressé par le temps, Jeik Dion a donc choisi de travailler à la main, « à la bonne franquette » comme on dit.

Il a ainsi privilégier l’aquarelle et des petits formats de pages pour dessiner Aliss. « Quand tu dessines traditionnel, faut que tu t’assumes. Si tu fais un trait un peu croche, c’est ça qui va se retrouver sur la page. Tu n’es donc pas obligé de toujours te corriger », explique Jeik.

Collaborer avec Senécal

Pendant l’entrevue, on ressent tout le respect que Jeik Dion a pour Patrick Senécal. Il se dit chanceux d’avoir pu collaborer avec lui. « C’est un des auteurs qui vend le plus de romans au Québec, mais c’est un gars super simple, zéro tête enflée, qui ne se prend pas pour quelqu’un d’autre. […] Un jour, il m’a dit que j’étais un peu comme le « réalisateur » d’Aliss. C’est lui qui m’a vraiment donné confiance », confie l’illustrateur.

S’il donnait beaucoup de liberté à Jeik, Patrick était cependant présent tout au long du processus. Il était toujours disponible pour répondre à ses questions ou approuver son dernier dessin. « Il m’a beaucoup inspiré. C’était incroyable travailler avec ce gars-là », affirme Jeik Dion tout en prenant une gorgée de son café, servi dans une tasse illustrée sombrement, à l’image de ses dessins.

L’illustrateur derrière la bande-dessinée

Jeik Dion a plus d’une bande-dessinée à son arc puisque Aliss n’est pas la première œuvre qu’il adapte. Il est aussi l’illustrateur derrière la bande-dessinée Amos Daragon (Bryan Perro), une BD que tous les jeunes amateurs de fantaisie ont dévoré à l’époque de sa sortie. Contrairement à Aliss, Amos Daragon est l’adaptation de la pièce de théâtre, et non du livre.

Si l’illustrateur a beaucoup aimé adapté des œuvres en bande-dessinée, il souhaite essayer autre chose désormais. « En regardant ce que j’ai fait par le passé, j’ai remarqué que c’était tous des adaptations de quelqu’un d’autre. C’est vraiment à cause des circonstances, parce que j’ai toujours écrit dans la vie », explique-t-il.

Ainsi, l’auteur et illustrateur compte bien se concentrer sur ses propres histoires dans les prochaines années. D’ailleurs, l’un de ses projets est en route. La bande-dessinée « Chanson noire » paraîtra donc cette année chez les éditions Glénats. « On est encore dans l’horreur psychédélique, mais c’est surtout basé sur un couple et des relations humaines », annonce Jeik.

Jeik Dion n’écarte pas la possibilité d’une autre collaboration avec Patrick Senécal, mais il n’y a rien de prévu à cet instant.


Aliss est disponible dans les librairies depuis novembre 2020. Vous pouvez vous procurer le roman graphique ici. En voici le résumé :

Il  était une fois..... Alice, une jeune fille curieuse, délurée, fonceuse  et intelligente de Brossard. À dix-huit ans, poussée par son besoin  d'affirmation de soi, elle décide qu'il est temps de quitter le cégep et  le cocon familial pour aller vivre sa vie là où tout est possible,  c'est-à-dire dans la métropole. À la suite d'une rencontre fortuite dans  le métro, Alice aboutit dans un quartier dont elle n'a jamais entendu  parler et où les gens sont extrêmement bizarres. Mais c'est normal, non ?  Elle est à Montréal et dans toute grande ville qui se respecte, il y a  plein d'excentriques, comme Charles ou Verrue, d'illuminés, comme  Andromaque ou Chess, et d'êtres encore plus inquiétants, comme Bone et  Chair... Alice s'installe donc et mord à pleines dents dans la vie,  prête à tout pour se tailler une place. Or, elle ne peut savoir que là  où elle a élu domicile, l'expression être « prêt à tout » revêt un sens  très particulier...
Audrey Robitaille

Amoureuse des mots depuis toujours, Audrey étudie présentement le journalisme à l’UQAM. Passionnée d’écriture, de théâtre et de tout ce qu’elle entreprend, elle souhaite partager son amour de la culture québécoise.

Précédent

Avec pas de gants blancs : une web série à découvrir

Aswell : un bond vers la gloire

Suivant