Crédit photo :

Inspiration PC : briser le silence avec Nancy Audet

| | ,

Chaque semaine, une nouvelle personnalité québécoise issue du milieu culturel québécois se mérite le titre « Inspiration PC ». Ce samedi, on souligne Nancy Audet, une journaliste et autrice québécoise qui a rompu les chaînes de son passé avec son autobiographie Plus jamais la honte : le parcours improbable d’une petite poquée .

Le 3 mars dernier paraissait Plus jamais la honte, le premier livre de la journaliste Nancy Audet. L’autobiographie, dure, mais nécessaire, lève le voile sur une enfance douloureuse. Dans ce livre, la journaliste brise le silence sur la maltraitance subie alors qu’elle n’était qu’une enfant et sur l’aveuglement volontaire de ceux qui ne voulaient pas voir.

Écrire ses blessures pour mieux cicatriser

Pour Nancy Audet, cette période d’écriture a souvent été synonyme de douleur. C’est de raviver des blessures qu’on croyait déjà avoir guéries. Brutalité, négligence, abus sexuels, abandon : des mots qui lui ont souvent brûlé le bout des lèvres alors qu’elle n’était qu’une enfant. Des mots ravalés, jusqu’à ce qu’ils ne peuvent plus se contenir.

« Quand c’était difficile, je me disais toujours que mon espoir, c’était que les bénéfices soient plus grands que ma vulnérabilité, que la difficulté de mettre ce livre-là au monde. […] J’avais tellement envie que les gens entendent mon cri du cœur. »

Nancy Audet en entrevue avec les éditions de l’homme

Plus jamais la honte  est l’histoire d’une femme accomplie et inspirante qui refuse de laisser ses cicatrices dicter sa vie. C’est le choix d’aller de l’avant, de vivre libre et de ne jamais fermer les yeux. C’est de ramener un passé plus sombre à la lumière. Par son livre, Nancy Audet veut sensibiliser le monde à la réalité des enfants de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

© Capture d’écran / Radio-Canada

« Longtemps, j’ai regardé les manchettes qui concernaient la DPJ avec une boule dans le ventre parce que les statistiques étaient tellement inquiétantes… Notamment les listes d’attente », a confié Nancy Audet en entrevue avec les Éditions de l’Homme. Elle savait que se cachait quelque part une « petite Nancy » effrayée et maltraitée. Elle voulait l’aider.

Un jour, elle a décidé d’appeler la directrice de la Fondation du Centre jeunesse de Montréal pour s’impliquer. « J’étais prête à faire n’importe quoi. Un jour, elle m’a demandé pourquoi je faisais ça et j’ai eu du mal à répondre. Avec un nœud dans la gorge, j’ai répondu que j’étais passée par là », a confié Nancy Audet lors de l’entrevue.

Arracher les œillères

Pendant des années, Nancy Audet a refusé de retourner dans ce village où ses voisins avaient choisis d’ignorer les bleus sur son petit corps, où ils avaient préférés fermer les rideaux plutôt que de voir cette petite fille à genoux dans le gravier pendant des heures, en pénitence, par temps froid.

© Jeune Nancy / Regards de femmes

Aujourd’hui, l’autrice espère inspirer d’autres enfants négligés à prendre la parole. « On n’a aucune raison d’avoir honte. Ce n’est pas de notre faute si on a été violenté. Ce n’est pas notre faute si on a été abandonné et négligé », a-t-elle déclaré en entrevue avec La Presse.

Heureusement, si certains l’avaient ignoré, d’autres ont choisi de lui tendre la main. Ces anges gardiens qui ont cru en elle alors qu’elle ne le pouvait pas elle-même. Mal-aimée depuis toujours, Nancy Audet n’a pas tout de suite accepté leur amour. C’est après avoir sombré dans la dépendance et la dépression qu’elle les appela à l’aide. « Je ne serais pas là aujourd’hui sans eux, c’est une certitude », a-t-elle affirmé lors de cette entrevue.

© Nancy, sa fille Launa et Rose-Aimée/Regards de femmes

C’est le cas de Rose-Aimée, une mère de huit enfants qui l’avait prit sous son aile deux fois plutôt qu’une. Nancy Audet ne l’a jamais oublié, comme Rose-Aimée n’a jamais oublié cette fille qui avait été de passage dans sa vie. Des années plus tard, elles se sont finalement retrouvées.

Des jours meilleurs

Dans son livre, Nancy Audet prie le monde d’ouvrir leurs portes à cet enfant poqué, un peu décalé, que personne n’invite jamais. Elle les invite à faire une différence dans la vie de ces enfants malmenés. À arracher les œillères pour mieux tendre la main ensuite.

« Le pardon, on le fait pour soi et pas pour l’autre. »

Nancy Audet, en entrevue avec La Presse

Aujourd’hui maman, la journaliste a choisi de couper les ponts avec sa mère incapable d’aimer pour désormais avancer et pardonner. Après des années de maltraitance, Nancy Audet s’est finalement libérée de ses chaînes et distribue des pinces pour que d’autres brisent les leurs.

Journaliste sportive accomplie, autrice d’une autobiographie inspirante, elle est récemment devenue marraine de la Fondation du Centre jeunesse de Montréal. On peut certainement dire que Nancy Audet est devenue une femme émancipée et un modèle à suivre. Avec Plus jamais la honte  : le monde a finalement entendu son cri du cœur.


Plus jamais la honte : le parcours improbable d’une petite poquée  est maintenant disponible dans toutes les librairies.

Audrey Robitaille

Amoureuse des mots depuis toujours, Audrey étudie présentement le journalisme à l’UQAM. Passionnée d’écriture, de théâtre et de tout ce qu’elle entreprend, elle souhaite partager son amour de la culture québécoise.

Précédent

District 31 : des visites qui ont fait jaser

White-B fidèle à lui-même avec Double vision

Suivant