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Inspiration PC : au-delà du cliché avec Jemmy Echaquan Dubé

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Tous les samedis, Projection Culturel vous présente un.e artiste différent.e qui inspire les Québécois à sa manière. Cette semaine, c’est Jemmy Echaquan Dubé, une actrice et réalisatrice attikamek qui se mérite le titre d’« Inspiration PC ».

Reconnue pour son interprétation de Daisie Flamand, une jeune prostituée autochtone dans la deuxième saison de Fugueuse, Jemmy Echaquan Dubé a pourtant plusieurs autres réalisations derrière elle. Elle a notamment réalisé un bon nombre de courts-métrages tels que Deux Pocahontas en ville et Là d’où vient mon sang, avant d’entamer sa carrière d’actrice. Depuis, elle est apparue dans Unité 9 et Toute la vie.

Page Instagram de Jemmy Echaquan Dubé

Grandir en dehors de la communauté

À l’âge de 6 ans, Jemmy Echaquan Dubé quitte Manawan pour s’installer à Joliette. Dès l’école primaire, elle est confrontée aux préjugés des autres enfants. « Je ne pourrais même pas dire tout ce que j’ai vécu, j’ai un blocage dans ma mémoire par rapport à ce qui s’est passé là-bas. Mais je me souviens qu’à 14 ans, je ne voulais même plus être autochtone », a-t-elle confié en entrevue avec TVA.

« On me disait : « Retourne d’où tu viens. » Je me faisais traiter de sauvage. » 

Jemmy Echaquan Dubé en entrevue avec TVA

Au fil du temps, elle en a même oublié sa langue maternelle. Animée par le désir de communiquer avec ses proches restés dans la communauté attikamek, elle a donc entamé à 14 ans des démarches pour renouer avec ses racines et pour réapprendre sa langue mère.

La voix des possibilités

Dès ses débuts dans le milieu du cinéma, Jemmy Echaquan Dubé a ressenti un certain malaise à interpréter des rôles de femmes autochtones au passé trouble, par peur de tomber dans le cliché. En jouant Daisie Flamand, elle a cependant réalisé qu’elle offrait au contraire une visibilité aux autochtones dans un milieu où la diversité est sous-représentée. « Le fait de voir une autochtone à la télé, j’espère qu’il y a des jeunes qui vont pouvoir s’y identifier, et qui vont peut-être se dire qu’ils ont envie de se voir là aussi », a-t-elle ajouté lors de la même entrevue.

Elle profite également de sa présence sur les plateaux pour éduquer sur les réalités autochtones. Elle n’hésite pas à exprimer son opinion lorsqu’une scène frôle le cliché de trop près.

© EVE B. LAVOIE

Si l’enfant qu’elle était s’est un jour éloignée de ses racines, Jemmy Echaquan Dubé a rapidement retrouvé le chemin de Manawan. Aujourd’hui porte-parole du Réseau Jeunesse des Premières Nations, elle est l’une des femmes autochtones les plus fortes et les plus écoutées de sa communauté.

Lutte contre le racisme systémique

Suite au décès de Joyce Echaquan, la cousine de sa mère, l’actrice a redoublé d’efforts dans sa lutte contre le racisme systémique au Québec. Elle est d’ailleurs l’auteure d’une lettre ouverte écrite à l’intention du Premier Ministre, deux semaines après le décès de Joyce Echaquan. En voici un extrait :

Le  6 octobre, lorsque vous avez présenté des excuses au nom de l’État à la famille Echaquan vous avez déclaré que « l’État a failli à son  devoir ». Vous avez dit que « pendant des décennies les peuples  autochtones ont fait l’objet de discrimination par les différents  paliers du gouvernement » et que l’État « a le devoir d’offrir la même dignité, le même respect à tout le monde ». Vos paroles décrivent le racisme systémique, donc pourquoi ne pas le reconnaître? Ne pas reconnaître la discrimination omniprésente dans toutes vos  institutions, c’est lui donner le droit d’exister et pire encore, c’est la perpétuer.

Dans le cadre de la campagne #MaCultureAutochtone, l’organisation des Femmes autochtones du Québec a publié une courte vidéo relatant le parcours de Jemmy Echaquan Dubé. Pour la visionner, cliquez ici.

Audrey Robitaille

Amoureuse des mots depuis toujours, Audrey étudie présentement le journalisme à l’UQAM. Passionnée d’écriture, de théâtre et de tout ce qu’elle entreprend, elle souhaite partager son amour de la culture québécoise.

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