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Soubillz : le prochain visage du rap québécois

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En mai 2018, Soubillz lançait sa première chanson juste comme ça, pour tester les eaux. Il n’est pas l’un de ces rappeurs qui ont toujours aspiré à faire carrière dans le domaine, mais plutôt l’un de ceux qui s’est laissé porter par son succès précoce. Entrevue exclusive avec l’une des voix dont l’ascension est des plus fulgurantes dans le rap francophone.

Près de trois ans après ses débuts, le jeune artiste de 20 ans est complètement ailleurs. Son premier album Né pour briller a déjà cumulé plusieurs millions de clics, YouTube et Spotify confondus. Ce qui était à la base une idée lancée en l’air est maintenant devenu un début de carrière dont les bases sont merveilleusement bien fondées.

La semaine dernière, Soubillz a même eu la chance d’être mis en valeur à Salut Bonjour pour son nouveau clip Paradise (ft. Chloe Decoste), une chanson qui tourne plus vers le pop que vers le rap. Un genre de test pour montrer au public qu’il sait aussi chanter, pas seulement rapper. Ça a fonctionné – et ça a mené vers une apparition télévisuelle qui l’a à la fois surpris et réjouit.

« J’étais choqué. Paradise, je voulais voir si on pouvait la commercialiser. Donc quand on m’a contacté [pour Salut Bonjour] j’ai vraiment aimé ça, parce que d’habitude tout ce qui est street rap ne fonctionne pas à la télévision. »

– Soubillz

Ce segment culturel a été un moment émouvant pour sa mère. Le passé du jeune rappeur étant chargé d’événements lourds pour le cœur d’une maman, ce fut une grande forme de soulagement pour elle.

« J’ai déjà passé en cour et fait du centre jeunesse. Ma mère a vu son fils entrer en prison. Quand elle a dû me parler à travers une fenêtre transparente, elle s’est effondrée. Ça m’a marqué, ça m’a fait mal au cœur. […] Elle a adoré me voir à la télé. C’était émouvant pour moi. »

– Soubillz

Grandi sur la dérape

Jusqu’à ses sept ou huit ans, Soubillz vivait la belle vie. Ayant quitté la Tunisie sans un sou, ses parents ont travaillé extrêmement dur pour éventuellement faire l’acquisition d’une salle de spectacle et de trois restaurants dans la région de Montréal.

Les affaires allaient bien. Au point où « d’avoir une belle maison, de belles voitures, tu penses que c’est normal parce que c’est tout ce que tu as connu ».

Sauf qu’une baisse des revenus a entraîné des déménagements répétitifs. Ce qui était à la base une maison à un demi-million de dollars a laissé place à quelques habitations de moindre valeur pour ensuite se transformer en appartements de moins en moins spacieux.

Ça n’allait plus. Son père a donc choisi de quitter Ville Mont-Royal pour retourner dans son pays d’origine, laissant sa mère seule pour mettre de la nourriture sur la table. Question de faire de l’argent facile, Soubillz s’est donc tourné vers la rue – et il en a payé le prix.

« Ce n’est pas un regret, parce que ça m’a transformé en la personne que je suis. Ce que je crains, ce sont les pêchés, parce que je suis musulman et je suis très religieux. Mais j’ai préféré faire le con. »

– Soubillz

Aujourd’hui, le rappeur s’en est sorti. Il a d’abord obtenu son DES à l’école secondaire Pierre Laporte de Mont-Royal, puis réussi deux DEP – l’un en lancement d’entreprise et l’autre en vente et conseils.


Et pour la suite?

À l’aide des compétences qu’il a justement acquises dans ses études, Soubillz compte créer le label indépendant Né pour briller NPB, qui regroupera six artistes. Il s’associera pour le coup avec trois francophones (Russkov, Baba, Young Fab) et deux anglophones (Who is DG, Kali).

Questionné sur les artistes avec qui il a le plus aimé collaborer, Soubillz mentionne que plusieurs noms pourraient faire partie de la liste, mais qu’il respecte particulièrement les membres du collectif 5sang14.

« Ils m’ont supporté dès le début et j’ai vraiment apprécié. Ils sont cool et ce sont des gars humbles. »

– Soubillz, à propos de 5sang14

Le Montréalais d’origine tunisienne note qu’il chérit particulièrement les métaphores composées par Lost, l’un des membres de ce collectif en question.

Même s’il est pour le moment impossible de se produire en spectacle devant une foule, Soubillz ne chôme pas, loin de là. Un album dont le nom demeurera confidentiel est dans les plans, de même qu’un projet avec un rappeur francophone dont l’identité n’a pas été révélée.

Domicile de 35 à 40 % de ses auditeurs, la France est également un endroit où « beaucoup de portes sont ouvertes ».

Porteur d’une belle histoire de résilience, Soubillz mettra assurément son talent à profit pour grimper les rangs et s’illustrer comme l’un des meilleurs rappeurs au Québec.

William Thériault

William est un véritable passionné d'actualité et d'information. Rêveur se démenant au quotidien, il a le journalisme pour vocation. Couvrir la culture, c'est un moyen de sortir de sa zone de confort.

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