Le pouvoir d’« Em » er de Kim Thúy

Kim Thuy
© Kim Thúy / Facebook

Le pouvoir d’« Em » er de Kim Thúy

Ayant un besoin de raconter l’histoire tragique de son pays natal, l’écrivaine Kim Thúy décrit le récit de certains survivants de la guerre du Vietnam dans son dernier roman Em. Retour sur les points forts de son nouveau livre.

Première de couverture de Em – © Kim Thúy / Facebook

Basé sur une photographie de deux enfants couchés dans une boîte de carton, Em retrace les horreurs de la guerre et l’espoir de l’amour. À travers différents souvenirs funestes, le roman fait découvrir la réalité des ouvriers de plantation de caoutchouc, les atrocités que subissaient certaines Vietnamiennes durant les attaques, la face cachée de l’opération Babylift, la pulvérisation de l’agent orange et le succès des salons de manucure vietnamiens à travers le monde. Comme les fils de la page couverture, l’autrice relie toutes ces histoires aux deux orphelins sans domicile fixe.

Afin de partager un récit poignant, mais lisible, l’écrivaine a pris la décision de rédiger son roman en courts chapitres de deux à quatre pages. En choisissant d’écrire sur un sujet lourd comme celui-ci, il faut considérer la sensibilité du lecteur pour ne pas l’horrifier dès les premières pages. Le fait de décrire l’histoire en passages concis allège les propos difficiles à supporter. La brièveté des chapitres fait donc une des richesses de ce livre. Par contre, cette brièveté vient aussi avec un risque : Kim raconte l’histoire de plusieurs personnages qu’elle décrit dans ces courts chapitres. Si le lecteur décide d’entamer l’œuvre et de ne la finir que deux semaines plus tard, il est probable qu’il finisse par perdre le fil. L’œuvre doit donc être lue en une courte période — deux ou trois jours — pour s’assurer de suivre le cours de l’histoire et comprendre le lien entre tous les personnages.

Si Em signifie « petit frère » ou « petite sœur » en langue vietnamienne, la romancière le comprenait également comme l’impératif du verbe « aimer ». « J’aime croire que le mot em est l’homonyme du verbe “aimer” en français, à l’impératif : aime. Aime. Aimons. Aimez. » [1] D’une certaine manière, l’auteure réussit à faire ressortir l’amour de la haine des clans ennemis, comme l’on peut tirer le bien du mal. C’est cet amour qui inspire les personnages et les lecteurs et qui les aide à franchir les abominations des évènements du roman. Em est le reflet de la lueur d’espoir dans les moments les plus sombres.

Certains exemplaires de Em ont été brodés à la main par l’autrice

Certains pourraient considérer que la guerre du Vietnam est un conflit parmi tant d’autres, donc ils pourraient ne pas se sentir concernés par cette catastrophe. Par contre, un simple passage d’Em, sans massacre, sans violence, semble renverser le tout : « Elle [la France] s’est si bien enracinée que les Vietnamiens utilisent encore au moins une centaine de mots français tous les jours sans en être conscients : café : cà phê ; gâteau : ga-tô ; équipe : ê kip ; guitare : ghi ta ; radio : ra dô ». [2] Effectivement, de simples termes communs à la langue maternelle d’un peuple peuvent facilement rapprocher les gens. En réalisant que l’on parle une langue similaire, on remarque que ces victimes ne sont pas si différentes que vous et moi. Nous aurions pu être à leur place, et ce, même si nous sommes situés à des kilomètres plus loin. Et ça, on le constate dans l’œuvre de Kim.


Pour les intéressés, Em est en vente dans les librairies depuis le mois d’octobre 2020. Vous pouvez vous procurer un exemplaire chez Archambault, Amazon, Renaud-Bray ou dans une librairie près de chez vous.


[1] Kim Thúy, Em, Montréal, Libre Expression, 2020, p. 8

[2] Kim Thúy, Em, Montréal, Libre Expression, 2020, p. 36


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