Kareem : composer pour sensibiliser

Kareem
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Kareem : composer pour sensibiliser

Vivre une période difficile et en ressentir les effets nocifs, c’est normal. « Ça fait du bien de pleurer, t’sé. » Mais il y a moyen de s’en sortir. C’est là le message du rappeur montréalais Kareem dans son tout dernier vidéoclip, Mea Culpa. Composée dans une optique de prévention du suicide, cette chanson vise à sensibiliser ses auditeurs, dans une période où il est particulièrement important de le faire.

Âgé de 32 ans, le Québécois d’origine marocaine a déjà été touché par le phénomène, il y a de cela plusieurs années. Un ami de la famille s’était enlevé la vie. Mea Culpa, c’est en quelque sorte un moyen d’honorer sa mémoire, comme l’a confié Kareem à Projection Culturel lors d’un entretien téléphonique.

« Ce projet-là m’a aidé à passer au travers, à l’exprimer avec des mots. […] Travailler et faire de la musique, c’est une thérapie pour moi », explique celui qui a vécu ce qu’il qualifie de « petite dépression » depuis le début du confinement.

Tourmenté par des problèmes reliés à son travail ainsi que par une rupture amoureuse, Kareem a voulu offrir des images qui allaient « choquer un peu les gens ». Considérant la nature graphique du clip, ça fonctionne.

Mea Culpa, c’est une porte de sortie qui se veut permettre au rappeur de se regarder dans le miroir et de prendre le blâme. De s’avouer qu’il est la source de certains torts qu’il doit endurer. D’arrêter d’essayer de trouver des problèmes partout.

C’est également important pour lui de faire savoir que « les hommes pleurent aussi ». Questionné s’il espérait défaire avec ce single le mythe de l’homme fort et qui ne montre pas ce qu’il ressent, dont l’existence est encouragée par bien trop de personnes, l’artiste a répondu par l’affirmative.

« Un homme, c’est vu comme un tough dans la société. On est pas supposé pleurer. Oui, c’est pour défaire ce mythe là. ça fait du bien pleurer, tsé. On est plus renfermé sur nos émotions. […] Mais je suis chanceux parce que je suis chanteur et que la musique c’est un art. C’est accepté, en musique. »

– Kareem

Du rock alternatif au urban grunge

Kareem possède trois albums de rap francophones à son actif, mais le style qui l’allume n’a pas toujours été le même. Durant son adolescence, ce sont entre autres les chansons de Nirvana qui le faisaient vibrer. Avec quelques amis, celui qui portait encore à l’époque son complet – Kareem Mokairita – a formé un band, donnant quelques spectacles à gauche et à droite, guitare électrique à la main.

C’est à 18 ou 19 ans que sa passion pour le hip hop français a établi ses premières racines. Dès son premier contact avec ce genre musical, Kareem s’est empressé d’aller s’emparer d’un calepin et d’un crayon. Ce sont les textes qui font selon lui toute la beauté du rap.

« Je peux te raconter ma vie au complet dans une seule chanson. C’est pour ça que j’aime le rap. »

– Kareem

Grand amateur de Lefa, Ninho et Damso, le rappeur montréalais considère qu’il appartient au style du urban grunge. Un mélange de rap francophone urbain et de grunge – un courant dérivé du rock né dans les années 90 à Seattle dans l’état de Washington, c’est un style bien unique qui se veut être le mélange entre ses anciens et ses nouveaux amours.


Entre le Maroc et le Québec

Né « comme un vrai campagnard, sur la ferme de [sa] grand-mère » dans un petit village du Maroc, Kareem Mokairita a immigré au Canada alors qu’il n’avait que deux ans. En ayant grandi loin de sa terre natale, il ne s’identifie pas au mode de pensée marocain, mais raisonne plutôt comme un canadien.

« Ça ne me pose pas de problème. Je suis bien dans ma peau, j’ai un certain exotisme et ça me fait du bien de penser ça », souligne celui qui porte ces deux identités.

Insistant dans sa musique sur son passé comme fils d’immigré, Kareem considère que son sang marocain lui apporte un vécu différent, chose qu’il voit comme un atout en tant qu’artiste.

« J’ai un certain vécu – et je peux en parler parce qu’il est différent. Il ressemble aussi à d’autres donc ça me permet de connecter avec ces gens-là. Et ceux qui n’ont pas [ce vécu], ça leur permet de s’informer. »

– Kareem

Kareem est allé quelques fois au Maroc. Il s’y sent pourtant encore comme un touriste. Un étranger. Question de pouvoir se rapprocher de sa culture, le rappeur envisage sérieusement d’y retourner six mois par année, une fois à la retraite.

D’ici-là, il pourra toucher la francophonie par ses écrits poétiques et son message percutant.

William Thériault

Passionné d’écriture, il adore produire des textes journalistiques et rencontrer des artistes du milieu. En plus de superviser la production du contenu du site, il couvre avec précision l’actualité culturelle québécoise, tout en s’assurant de fournir le contenu le plus authentique possible aux lecteurs.

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