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Se laisser avaler par la puissance d’une oeuvre

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Le spectacle L’avalée des avalés du Théâtre du Nouveau Monde rend justice au roman éponyme de l’un de nos plus grands noms du milieu littéraire Réjean Ducharme de par sa construction complexe rapiéçant 379 pages en 1h30 de beauté.

Le Théâtre du Nouveau Monde attendait impatiemment de partager ce joyau culturel avec son public depuis le mois de juin dernier. Malgré les circonstances actuelles, le spectacle a su briller et résonner dans le cœur de ses auditeurs grâce à sa webdiffusion offerte jusqu’au 17 décembre prochain. Les billets sont d’ailleurs toujours disponibles sur le site web du théâtre.

© Yves Renaud / Théâtre du Nouveau Monde

Trois personnages se présentent : Chamomor (Louise Marleau), Christian (Benoît Landry) et Bérénice (Sarah Laurendeau). La dernière est la principale héroïne de l’œuvre, âgée de 11 ans, admirant obsessivement son grand frère Christian et nourrissant sa rancune éternelle envers ses parents.

L’adaptation au théâtre de L’avalée des avalés a été réfléchie et effectuée par Lorraine Pintal, une habituée à retravailler les œuvres de Réjean Ducharme qui a fait fleurir cette œuvre complexe en une expérience visuelle percutante.

Dessiner une histoire par la parole

La pièce rend justice au roman, parce qu’elle reste fidèle à l’écriture et au texte original, mettant grandement en valeur les prouesses littéraires de Ducharme.

De transférer l’histoire de Bérénice d’un recueil de papier à la scène est une performance remarquable. Le décor demeurait quasi invariable lors du spectacle, mais les mots qui sortaient de la bouche de la petite de 11 ans nous dessinaient de tout autres horizons, nous engloutissant dans son imagination. 

« Ses yeux d’une transparence hyaline et d’un bleu lunaire embrasse fixement la tempête. »

La prestation des trois comédiens était impeccable. Laurendeau faisait complètement oublier l’écart d’âge entre elle et Bérénice, en plus de changer d’accent et de posture pour incarner une variété de rôles en un court lapse de temps, tentant de convaincre son frère qu’elle pourrait lui être n’importe quoi qu’il ait besoin qu’elle soit pour lui. Chacun des comédiens véhiculait l’âme de son personnage avec minutie et amour.

Bérénice, une ange aux ailes salies

© Yves Renaud / Théâtre du Nouveau Monde

Le début de l’œuvre paraît complexe, partiellement dû au parler raffiné de Bérénice, qui nous lance des phrases sombres pour une enfant, sans contexte.

 « J’ai de l’assassin ce que le feu a de l’incendie. »

« Celui qui veut me redonner le goût de vivre a besoin d’être un sacré bon menteur. »

Extraits du spectacle, paroles de Bérénice

Toutefois, en demeurant attentif, les pièces du casse-tête commencent à se rassembler. Bérénice souffrait du manque d’attention de sa mère, qu’elle nomme d’ailleurs Chamomor se disant qu’elle la veut morte comme un chat mort. L’enfant refuse l’affection, refuse de manger, refuse de boire, refuse de se livrer à quelconque émotion. Ce qui la rend heureuse, c’est son frère et de rêver avec lui.

Mais la malice en elle et le venin de rage qu’elle peut cracher fait de cette petite au potentiel immense et aux aspirations grandioses une ange aux ailes salie par le manque d’amour et d’attention. En se bâtissant une muraille émotionnelle de protection, elle tombe dans la désillusion et le désenchantement. La seule solution à ces problèmes est de se réfugier dans son imagination.

Du roman… au théâtre… à l’écran

L’avalée des avalés est le roman qui a fait connaître Réjean Ducharme, roman qui a repris un souffle de vie grâce à la pièce du Théâtre du Nouveau Monde. Tant la pandémie aura-t-elle causé problème, elle aura aussi permis à des amateurs de théâtre de croquer à pleines dents dans cette œuvre maintenant plus accessible que jamais.

Malgré que ce soit le visionnement d’une captation vidéo du spectacle, les jeu juste des comédiens et la puissance de la mise en scène transcendent les barrières au LED qui nous séparent. Pas étonnant que Lorraine Pintal se voit reçue au rang d’officière de l’Ordre de Montréal, l’un des plus grands honneurs montréalais! La directrice artistique et générale du TNM a été couronnée par le comité de nomination avait-on pu lire dans leur communiqué de presse : 

« Si aujourd’hui, le TNM est une institution de classe mondiale qui concourt puissamment à faire de Montréal un pôle brillant du théâtre francophone international, c’est d’abord à Lorraine Pintal que cela revient.

Sa contribution au rayonnement de notre scène artistique lui mérite pleinement le titre d’ambassadrice de Montréal, métropole culturelle. »

Communiqué de presse du TNM

L’avalée des avalés est un expert « scrapbooking » de l’œuvre originale de Ducharme magnifiquement agencé à l’œil artistique de Pintal et du talent de Laurendeau, Landry et Marleau. Une perle rare dont vous pouvez profiter pour vous rappeler le doux sentiment de la salle de théâtre et pour admirer le travail approfondi d’une œuvre qui sera toujours pertinente.

Mackenzie Sanche

Une amoureuse des arts, de l'écriture, de la photographie et de la vidéo, sans oublier des animaux et de la nature, Mackenzie vient tout juste de terminer ses études collégiales en journalisme et continue son parcours à l'Université Concordia. Elle cherche tout simplement à vivre de ses passions et à relever de nouveaux défis.

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