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Produire une revue de l’année avec les Piles-Poils

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Si le fait de produire une revue humoristique de l’année est presque automatiquement relié au Bye Bye dans l’imaginaire des Québécois, il en demeure qu’il y a d’autres concurrents sur le plateau – et qu’ils méritent tout autant leur place sous les projecteurs.

Disposant des « moyens du bord » plutôt que du budget d’une grande chaîne télévisée, les Piles-Poils réussissent tout de même à créer un produit d’une grande qualité. Composé de trois humoristes/comédiens dans la vingtaine (Mathieu Portelance, David W. Morin et Simon Portelance), le trio présente depuis 2017 sa propre revue de l’année.

Lundi dernier, les Piles-Poils publiaient SCRAM 2020, la rétrospective dont ils sont non seulement les plus fiers jusqu’à maintenant, mais celle dont le public a le plus apprécié le résultat final. En entrevue avec Projection Culturel, les trois bons amis notent une amélioration dans leur travail et ont avoué que le retour était extrêmement positif.

« Avant, les humoristes ne savaient pas trop qu’on existait. […] On était vraiment à part. Et là, les deux premières heures, ce sont juste des humoristes qui ont partagé. […] Finalement, on voit qu’on a notre place, qu’on a notre couleur. »

– Simon Portelance

Les Piles-Poils, qui ont grandi avec les casettes de RBO et des Chick’n Swell, chérissent particulièrement les vieux référents. C’est ce qui leur a cette année permis de toucher un auditoire un peu plus vieux que prévu tout en connaissant son lot de succès chez les jeunes – un heureux développement dans la saga SCRAM, selon eux.

C’est d’ailleurs un mélange de nostalgie, de parodie et d’autodérision qui fait la signature du « produit Piles-Poils » selon Mathieu Portelance. Autodérision qui selon son frère aîné Simon, fait paraître le trio comme une brochette de gars amicaux et accessibles.

« Je pense qu’on projette une image très sympathique […] Les gens ont un peu le feeling qu’ils pourraient être nos amis. Souvent, nos fans deviennent nos amis. »

– Simon Portelance

L’exemple parfait de cette affirmation, c’est Victor Bond. Âgé de 20 ans et diplômé en production télévisuelle, Victor est passé étudier au Cégep de Jonquière quelques années après les Piles-Poils, qu’il a découverts durant son parcours collégial et dont il affectionne particulièrement le style d’humour.

En quelques échanges virtuels, il est passé d’amateur à technicien du groupe. Au lieu de regarder les sketchs lorsqu’ils étaient publiés sur les réseaux sociaux, il pouvait lui-même participer à leur création – et c’est ce qu’il a fait dans les coulisses de SCRAM 2020.

« Dans une revue de l’année, l’objectif est de livrer un show qui va permettre aux gens de se détendre, de rire un peu et de mettre l’année en perspective »

– Victor Bond

Ce but, SCRAM 2020 l’a relevé avec brio, tout en n’arrivant même pas à la cheville de ce que Radio-Canada investit annuellement pour le Bye Bye. Au total, ce sont 2 200 dollars qui ont été investis dans le projet par les Piles-Poils eux-mêmes ainsi que par leurs commanditaires. « C’est ridicule, mais 2 200 dollars dans une production télévisuelle ou web, c’est des pinottes », souligne Mathieu Portelance.

« On pourrait presque qualifier ça d’un certain pilote télé. Le fait que c’est un format de 22 minutes, le fait que c’est investi de notre propre poche, ça montre ce qu’on serait capable de faire en format télévisuel »

– David W. Morin

Même si le format correspond en effet parfaitement à celui de la télé, d’y apparaître n’est pas une finalité pour les Piles-Poils. Ils s’y sentiraient beaucoup trop restreints, et de toute manière « ne sont pas des vedettes ».

Ce qu’ils visent, c’est plutôt l’appui d’une boîte de production qui les supporteraient financièrement, qui règlerait des problèmes de logistique et leur permettraient de ne plus perdre de l’argent en créant ce genre de contenu.

« Mon objectif, c’est qu’un SCRAM soit produit pour le Web, peu importe la plateforme. […] S’il y a une boîte qui peut juste nous aider avec un studio, pouvoir faire plus de prothèses faciales, d’avoir une plus grosse équipe, mais que ça reste Piles-Poils, ce serait super. »

– Mathieu Portelance

« Le premier objectif, je dirais surtout que c’est d’atteindre le ‘déficit zéro’. […] On ne fait pas nécessairement d’argent, mais on n’en dépense pas pour faire nos affaires. Juste ça, ce serait incroyable. »

– David W. Morin

Il n’y a toutefois pas de presse. Chez les Piles-Poils, on ne se fait pas d’attente de ce genre. On voit plutôt les SCRAM comme une auto-compétition, comme Simon Portelance l’indique.

Respectivement âgés de 24, 26 et 27 ans, Mathieu, David et Simon ont toujours travaillé dans une optique où l’amélioration demeure le but primaire. Chaque fin d’année devient ainsi une occasion de surpasser la précédente.

D’où ça sort, les Piles-Poils?

Simon et David se sont rencontrés à Jonquière, alors qu’ils étaient étudiants en Art et technologie des médias. Déjà amateurs d’humour, ils s’amusaient à produire des sketchs et des parodies. Entre temps, Mathieu est lui aussi arrivé entre les murs du cégep et s’est joint aux deux autres.

C’est ainsi que les Piles-Poils ont vu le jour, en avril 2014. Tranquillement, le trio gagnait en crédibilité, en fans et en qualité de contenu – et ce même si Mathieu résidait au Saguenay Lac-Saint-Jean pendant que ses acolytes habitaient Montréal.

Le trio, qui se définit lui-même comme nostalgique, absurde et satirique, désire reprendre les capsules de manière régulière en 2021. Après une pause intentionnelle en 2019 et faute d’un arrêt forcé en 2020, les Piles-Poils ont hâte de renouer avec les studios de tournage – et d’explorer davantage la création de personnages.

William Thériault

Passionné d’écriture, il adore produire des textes journalistiques et rencontrer des artistes du milieu. En plus de superviser la production du contenu du site, il couvre avec précision l’actualité culturelle québécoise, tout en s’assurant de fournir le contenu le plus authentique possible aux lecteurs.

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