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Fairfly : un spectacle pour emporter bien réussi

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« Une purée pour bébé de larves de mouches, ça s’peut tu se compliquer la vie comme ça? » Eh bien, c’est ce qu’ont fait les personnages de Fairfly, une pièce du Théâtre La Licorne et de La Manufacture offerte en webdiffusion jusqu’au 12 janvier.

Les sorties au théâtre vous manquent? Les théâtres s’ennuient de vous aussi! C’est pourquoi quelques théâtres ont innové afin d’apporter leurs productions à votre salon. Depuis le 10 novembre dernier, les billets de « Fairfly pour emporter » sont à votre disposition sur le site du Théâtre La Licorne.

Pourquoi consommer du théâtre… hors du théâtre? Pour encourager notre milieu culturel en ces temps incertains, mais aussi pour s’offrir un peu de réconfort en embarquant dans des productions remarquablement travaillées comme celle de Fairfly!

Fairfly, une idée particulière

Cette pièce de Joan Yago García, originalement écrite en 2017 par le dramaturge Catalan, s’est très bien adaptée au Québec, vous présentant finalement un spectacle extrêmement réfléchi aux personnages attachants. Il est facile de se reconnaître dans les personnages de Simon, Philippe, Martha et Amélie, une quatuor qui pèse les différentes options s’offrant à eux face à la menace du congédiement.

© Suzanne O’Neill / Théâtre La Licorne

Quatre trentenaires décident de se mobiliser pour sauver leur emploi, d’écrire un manifeste, ou peut-être une lettre ouverte? Mais pourquoi ne pas partir leur propre compagnie, et au diable leur ancien employeur? Plongeant une utopie entrepreneuriale, ils retrouvent l’idée sur laquelle se fondra leur entreprise, une idée qui leur permettra de changer le monde et d’aller chercher un marché plutôt inattendu : la purée de bébé à base de larves de mouches. Et apparemment, c’est délicieux!

Toutefois, les amis se rendent compte en avançant dans le projet qu’une entreprise peut venir à bout de bien des choses. Santé mentale, amitié, relation amoureuse, santé physique, et bien d’autres aspects primordiaux de leur vie se retrouvent temporairement sur le siège arrière.

Une entreprise à l’image des valeurs écologiques et durables

Mélanger l’éducation au théâtre a été une touche stimulante et grandement appréciée de Fairfly. En plus de suivre tous ces personnages aux personnalités expertement tracées, les voir évoluer dans leur compagnie « startup » est d’une grande valeur d’apprentissage. Non, malheureusement, commencer une compagnie n’est pas la solution à tous ses problèmes, et l’œuvre de La Manufacture et La Licorne ne se gêne pas de le démontrer. Les hauts et les bas au sein de l’équipe, ainsi que les obstacles entrepreneuriaux liés aux finances, aux ventes et à la réputation sont d’un beau réalisme dans la pièce. Néanmoins, ils valorisent grandement leur travail et refusent de baisser les bras devant un projet possiblement révolutionnaire.

« On parle ici du premier aliment que je connaisse qui détruise plus de résidus qu’il n’en génère. »

Philippe

Mettant l’accent sur l’environnementalisme, les entrepreneurs de la nouvelle compagnie nommée Fairfly ne cessent de discuter des bienfaits environnementaux de leur produit, mais surtout de l’empreinte écologique et de pollution qui sera diminuée grâce à eux. Plusieurs statistiques et faits liés à la surconsommation et à la pollution sont inclus dans le riche discours de la pièce, ajoutant à l’aspect moderne de l’œuvre qui véhicule plusieurs valeurs portées par notre génération.

© Suzanne O’Neill / Théâtre La Licorne

D’un québécois ressenti

Le travail sur l’aspect Québécois de l’œuvre rappelle légèrement Les Belles-Sœurs de Michel Tremblay par leur langage familier, l’honnêteté en lien avec le mode de vie au Québec, les discussions crues et les stéréotypes que l’on croise quotidiennement dans tous les milieux. Sans s’arrêter là, le texte de Fairfly est d’une complexité impressionnante vu l’ajout d’informations recherchées sur les « startups », l’environnement, l’économie et l’entrepreneuriat en général. 

Que le décor soit simple est bénéfique au texte, permettant aux spectateurs de se concentrer sur le discours, l’histoire, les conversations, mais surtout les débats. Quand ça se corce et que ça se chicane, toute l’attention doit y être pour ne pas manquer des parties importantes. Par contre, la mise en scène de Fairfly est très bien réfléchie, usant de tout l’espace à sa disposition.

Réagir à un spectacle… devant un écran

Bien que l’écoute de spectacles en ligne soit unique à 2020 et peut-être même à 2021, l’équipe de production de Fairfly a réussi avec brio à présenter une œuvre aussi complexe sans perdre l’attention de celui de l’autre côté de l’hyperlien.

Comique à ses moments, la pièce a su provoquer sourires, rires et frustration tout à fait véritables. Lors des chicanes, on se sent tout petit dans son coin, mais quand les comédiens nous craquent un commentaire sarcastique, voire même absurde, il est impossible de s’empêcher de rire tout haut, seul dans son salon.

Les efforts de distanciation sociale et de port du masque (par rares moments) sont quasi imperceptibles tant l’ambiance est au rendez-vous. De plus, le travail de la captation vidéo réussit même à donner une impression de rapprochements dépendamment des angles de caméras. Le tournage en caméra-épaule, un peu moins stable, simule le sentiment que nous sommes dans la pièce avec eux, témoins de tous les événements que traverse le quatuor.

Après maintes fabulations entrepreneuriales, développements psychologiques, apprentissages et réflexions, Fairfly nous laisse sur une douce note qui nous rappelle les bons souvenirs de s’assoir avec quelques amis et jaser jusqu’aux petites heures du matin.

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