Le milieu du théâtre et l’entrée sur scène de la deuxième vague

Flavie Boivin-Côté
© Anthony Robitaille

Le milieu du théâtre et l’entrée sur scène de la deuxième vague

Le milieu de la culture a été le premier à devoir fermer à nouveau ses portes lorsque la deuxième vague a commencé à se pointer le nez. Flavie Boivin-Côté, étudiante en théâtre à l’UQAM, témoigne de son expérience de la fermeture de son milieu de travail : le Théâtre du Rideau-Vert.

Pataugeant dans le monde du théâtre depuis l’âge de 5 ans, Flavie a réalisé au cégep que le théâtre était ce qu’elle voulait faire de sa vie. 

« Ma vie a toujours été divisée entre le théâtre et l’écriture, donc ça a toujours été deux pôles super importants de ma vie. »

Flavie Boivin-Côté en entrevue avec Projection Culturel

Elle s’est décidée à entâmer le complexe processus d’auditions pour finalement être acceptée à l’UQAM en théâtre, profil enseignement. Toutefois, elle explique que maintenant est « le pire moment pour être en théâtre ». Effectivement, une période de pandémie n’est pas très riche en offres d’emplois liés au théâtre, ce qui amène un immense défi aux étudiants qui sortent de l’université ainsi qu’un sentiment d’incertitude.

Pour sa part, Flavie en a peur, puisque la fin de la pandémie et la réouverture du milieu culturel risque grandement de créer de la compétition intense selon elle. 

« Déjà au Québec, c’est un petit milieu et les gens se battent pour des contrats. Il y a tellement de projets qui sont mis sur pause en ce moment que quand la pandémie va finir, j’ai l’impression que ça va être une vraie jungle. »

Flavie Boivin-Côté en entrevue avec Projection Culturel

Récemment, Flavie avait été embauchée comme ouvreuse au Théâtre du Rideau-Vert, mais ce métier est particulièrement polyvalent dans le moment vu la grande diminution d’employés au théâtre. Le Théâtre du Rideau-Vert a été l’un des plus réactifs lors de la première vague de la COVID-19 et lors de la réouverture du milieu la culture : la directrice artistique du Théâtre, Denise Filiatrault, a été l’une des militantes principales pour que le gouvernement reconnaisse les impacts considérables de la fermeture de la culture.

Lors de la réouverture graduelle, une seule pièce a été mise sur pied : Adieu Monsieur Haffman. L’équipe du Théâtre du Rideau-Vert a travaillé d’arrache-pied pour arriver à créer et à monter cette pièce en respectant la distanciation sociale et toutes les autres mesures sanitaires, menant finalement aux représentations qui devaient durer du 29 septembre au 16 décembre 2020. Malheureusement, cette ambition a été tassée de la main par le gouvernement qui a annoncé que dans le cadre des mesures de zone rouge, les cinémas, théâtres et autres lieux de culture devaient fermer leurs portes.

Adieu Monsieur Haffmann
© Adieu Monsieur Haffmann / Théâtre du Rideau-Vert

21 représentations de Adieu Monsieur Haffmann en octobre ont dû être reportées.

« J’ai vraiment été chanceuse, parce que je suis arrivée là pour leur seule pièce de l’année, qui finalement aura duré deux soirs. Mon premier shift était aussi mon dernier shift. »

Flavie Boivin-Côté en entrevue avec Projection Culturel

Flavie raconte que la tension entre les comédiens lors de la représentation était palpable, tout comme celle entre les spectateurs. Elle décrit cette tension comme étant « un espèce de dernier souffle, de sentiment de dernière fois », parce que tout le monde se questionnait sur le futur du théâtre, sur le retour à la vie normale pré-pandémie.

« Je trouvais ça vraiment particulier de devoir prendre [les mesures sanitaires] en compte, ce n’est pas le genre de chose à quoi tu t’attends. En même temps, il ne faut pas que ça handicape la mise en scène. »

Flavie Boivin-Côté en entrevue avec Projection Culturel

Pour tous les théâtres, la première vague a été une claque en plein visage. Personne n’était préparé à la fermeture. Flavie pense toutefois que la deuxième vague vient avec un coup « beaucoup plus moral ». 

« Les artisans ont eu le temps de se remettre sur leurs pattes et d’essayer de trouver des projets de secours pour continuer à gagner leur vie, et quand ils ont pu recommencer à jouer, c’était comme renaître pour eux. Puis là, on leur coupe l’herbe sous les pieds une deuxième fois. »

Flavie Boivin-Côté en entrevue avec Projection Culturel
Théâtre du Rideau-Vert
© Martine Poulin / Théâtre du Rideau-Vert

Le fait qu’il n’y ait eu aucune éclosion dans les théâtres et les cinémas est l’un des aspects qui a causé une grande frustration dans le domaine, selon Flavie, et les artistes autant que les employés d’encadrement comme les placiers et les ouvreurs sont affectés par la décision de fermer ces établissements-là en premier.

Le Théâtre du Rideau-Vert s’était en quelque sorte préparé pour une potentielle deuxième vague en ne créant qu’une seule pièce sans prévoir de nouveaux projets par-après pour éviter de devoir annuler trop de spectacles dans lesquels ils avaient déjà investi. Néanmoins, c’est le choc sur le moral qui ne peut pas être prévu.

Flavie explique que la fermeture des lieux de culture est avant tout symbolique. À son avis, ce type d’endroit est reconnu comme étant un lieu de socialisation, alors que les gens y vont et n’interagissent pas entre eux tout le long de la présentation. 

« Oui, je suis frustrée, mais je suis surtout déçue, triste et désillusionnée, parce que j’ai l’impression que ça montre vraiment où sont les priorités du gouvernement. »

Flavie Boivin-Côté en entrevue avec Projection Culturel

La culture, pour elle, « c’est l’âme d’un peuple, le cœur d’un peuple ». C’est d’ailleurs la culture qui a beaucoup aidé les gens à passer à travers la première vague grâce à la musique, les films, les séries, etc. Les Québécois ont eu le réflexe de se tourner vers la culture quand ils en avaient besoin, et elle était là pour nous.

C’est à notre tour d’être là pour le milieu de la culture alors qu’ils en ont le plus besoin. Flavie mentionne aussi que certains théâtres, comme le Théâtre Jean Duceppe ont pris l’initiative d’offrir à leurs détenteurs de billets le choix de se faire rembourser ou de transformer leur paiement en un don au théâtre, ce qui les aide grandement.

Outre des dons, vous pouvez profiter de certains projets de radio-théâtre aussi. Le radio-théâtre Madame Julieétait d’ailleurs une idée du Théâtre du Rideau-Vert, suivi de près par la série Au balcon d’Ici Première de Radio-Canada qui a offert plusieurs pièces tout au long de l’été, dont les pièces J’accuse et Encore une fois, si vous permettez.

« Les gens de théâtre, c’est des gens de passion », selon Flavie. C’est le temps plus que jamais de se retrousser les manches et de les encourager lors de cette crise.

Mackenzie Sanche

Une amoureuse des arts, de l'écriture, de la photographie et de la vidéo, sans oublier des animaux et de la nature, Mackenzie vient tout juste de terminer ses études collégiales en journalisme et continue son parcours à l'Université Concordia. Elle cherche tout simplement à vivre de ses passions et à relever de nouveaux défis.

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