Adieu Monsieur Haffmann

Adieu Monsieur Haffmann
© Adieu Monsieur Haffmann / Théâtre du Rideau-Vert

Adieu Monsieur Haffmann

Dans un contexte plus que particulier pour les amateurs de théâtre et d’arts vivants en général, j’ai eu la chance d’assister au dernier spectacle produit au Théâtre du Rideau-Vert soit Adieu Monsieur Haffmann, une pièce de Jean-Philippe Daguerre mise en scène par Denise Filiatrault et mettant en vedette Ariel Ifergan, Julie Daoust, Laurent Lucas, Renaud Paradis et Linda Sorgini. 

La pièce se passe en France durant la Seconde Guerre Mondiale au sein d’un ménage français: les Vignault. Pierre Vignault est artisan bijoutier depuis plusieurs années pour Joseph Haffmann, bijoutier juif. Lorsque la situation en France devient trop dangereuse pour Haffmann, le bijoutier propose à Vigneault de devenir propriétaire de la boutique. Vigneault, en retour, lui propose de l’héberger dans sa cave et de le cacher des Nazis. Une fois chez les Vigneault, Haffmann doit faire face à une demande des plus étrange de la part de Pierre: Lui et sa femme Isabelle tentent depuis des années d’avoir un enfant mais en sont incapables. Il supplie donc Joseph de faire un enfant à sa femme afin que le couple puisse avoir l’enfant dont ils ont toujours rêvé. Les trois personnages sont donc contraints de vivre dans cette relation à la fois intime et malsaine qui sèmera la jalousie, la colère mais aussi la loyauté et l’amitié autour d’eux. 

Il faut également mentionner le contexte unique dans lequel le public a pu assister à cette pièce: je parle ici d’une salle pleine à moins de la moitié de la capacité, d’un public masqué et d’une mise en scène méticuleusement pensée en fonction de la distanciation physique entre les comédiens. 

On sentait une réelle tension entre les personnages, une tension si palpable qu’elle semblait presque directement liée à la tension qui sévissait à l’extérieur du théâtre et au sein de ses employés alors qu’on venait tout juste d’apprendre que les théâtres fermeraient leurs portes pour les 28 prochains jours. La pièce traitant avant tout des rapports humains et de l’entraide en temps de crise n’aurait pas pu être jouée à un meilleur moment. La crise sanitaire qui sévit présentement rend les enjeux de la pièces d’autant plus actuels, ce qui vient réellement rejoindre le spectateur.

La performance de Renaud Paradis dans le rôle de Pierre Vigneault fut impressionnante. Le comédien a su démontrer une grande intensité doublée d’une belle complexité sans pour autant tomber dans le tragique, le tout en nous faisant tour à tour rire et pleurer. Quant au personnage d’Haffmann interprété par Ariel Ifergan, j’ai trouvé qu’il manquait de nuances. Son interprétation fut tout de même juste et le comédien a su véhiculer de beaux moments d’intensité au public. 

Une pièce comme Adieu Monsieur Haffmann fera parler d’elle longtemps et nous fera toujours réfléchir sur l’importance des relations humaines et les douleurs de l’isolement. Traiter de la deuxième Guerre mondiale sans tomber dans le drame relèvera toujours du défi. Pour Denise Filiatrault et son équipe, c’est un défi relevé!

Flavie Boivin-Côté

L'art a toujours fait partie de sa vie. Âme sensible et passionnée de culture, Flavie étudie la création littéraire, les communications et le théâtre aux niveaux collégial et universitaire. Passionnée d'écriture et de théâtre, le journalisme culturel est une seconde nature chez elle.

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