Les Rose : brasser doucement la cage de l’histoire

Les Rose de Félix Rose
© Les Rose de Félix Rose / Office National du Film

Les Rose : brasser doucement la cage de l’histoire

Nous célébrons bientôt le 50e anniversaire de la Crise d’Octobre et, encore à ce jour, énormément d’information refait surface. Le réalisateur Félix Rose a décidé de creuser dans son histoire familiale pour en arriver à son long-métrage Les Rose.

Nommé meilleur documentaire au Festival Les Percéides au mois d’août, Les Rose est un excellent collage d’images et de vidéos d’archives, d’entrevues récentes et d’enregistrements qui relate tranquillement les événements de la Crise d’Octobre de 1970.

Félix Rose est le fils de Paul Rose et donc le neveu de Jacques Rose, tous deux impliqués de très près dans l’enlèvement et le décès du ministre Pierre Laporte. En plus d’avoir recueilli près de 50 000 documents d’archive en lien avec la Crise et avec sa famille, Félix Rose a interviewé ses tantes, sa mère et Jacques Rose, entre autres. Il pose les questions auxquelles l’auditeur songe lui-même et amasse des témoignages touchants, personnels et intimes pour amener l’histoire à un autre niveau, un niveau bien plus approfondi et humain.

Le film rappelle un peu le classique Pour la suite du monde de Pierre Perrault et Michel Brault par sa technique de cinéma-direct rapprochant le spectateur des gens apparaissant dans le documentaire. Cette méthode de tournage atténue le contraste entre les images originales de Félix Rose et les images d’archives en gardant un effet plus amateur. Toutefois, Les Rose demeure une oeuvre très professionnelle et importante à visionner.

Malgré que ce soit une œuvre à propos de la Crise d’Octobre, il est plus facile de suivre le film lorsque l’on a déjà un certain bagage de connaissances historiques de celle-ci. Néanmoins, il est très pertinent et éducatif de l’écouter, car sans nécessairement avoir des connaissances préalables, ça se comprend bien grâce aux archives de discours, de manifestes et d’extraits d’émissions radio qui contribuent à la contextualisation.

Pour ceux qui s’y connaîtraient moins, les acteurs principaux de la Crise d’Octobre sont des membres du Front Libéral du Québec (FLQ). L’objectif du FLQ est de contrevenir à l’impérialisme britannique, donc sa dominance, et le fédéralisme canadien, pour finalement atteindre l’indépendance du Québec. 

Entre février et juin 1963, les felquistes ont mené plusieurs attentats au gouvernement fédéral par des braquages, des explosions de boîtes aux lettres, le sabotage d’un chemin de fer et la destruction du monument Wolf, entre autres. Les mouvements felquistes se sont déroulés en plusieurs vagues, celle-ci étant la première, et probablement la première qui vient à l’esprit de plusieurs.

Les Rose et la Crise d’Octobre en tant que tel sont issus de la troisième vague, qui est une relance des actions politiques du FLQ qui se voient radicalisées de plus en plus. Paul et Jacques Rose faisaient partie de la Cellule Chénier, l’une des petites équipes en quelque sorte qui forment le FLQ. 

C’est pourquoi dès le 5 octobre 1970, la Crise commence. L’enlèvement d’un membre du corps diplomatique britannique, James Cross, est enclenché par la Cellule Libération pendant que les Rose sont aux États-Unis. La Cellule fait plusieurs demandes au gouvernement en échange de la libération de Cross, mais une seule est retenue : la lecture du manifeste du FLQ au bulletin de nouvelles en direct. Vu l’échec des demandes, la Cellule Chénier s’en mêle le 10 octobre en enlevant Pierre Laporte à l’improviste, le vice-premier ministre du Québec sous le gouvernement libéral d’Henri Bourassa.

Bourassa demande l’aide du fédéral sous Pierre-Elliott Trudeau, qui fait passer la loi sur les mesures de guerre qui met de côté les protections légales du peuple pour laisser l’armée intervenir. Après une semaine entre les mains de la Cellule Chénier, Pierre Laporte meurt le 17 octobre, le gouvernement n’ayant aucunement plié aux demandes du FLQ qui auraient permis de le laisser vivre.

Le réalisateur de Les Rose étale le tout avec expertise, comme on étend une série de documents sur son bureau pour avoir la vision globale d’une situation. Par contre, c’est son angle très humain qui accroche, encore plus que la quantité remarquable de recherche derrière ce film. Ce sont les témoignages, le suivi de la famille, le parcours des frères Rose et la quête personnelle de Félix Rose qui font de ce documentaire quelque chose de complètement différent.

En plus de montrer le cheminement des frères au travers des actes du FLQ, le film explore leur procès, leur emprisonnement, leur détention ainsi que leur libération après une dizaine d’années en profondeur, ce qui fait un discret clin d’œil aux conditions de vie des prisonniers, mais aussi aux conditions de vie des quartiers populaires. L’écart des richesses est souvent pris en compte au fur et à mesure que l’on suit l’histoire de la famille Rose et les images d’archives de ces quartiers ouvriers-là viennent bien appuyer ce discours secondaire. 

On y découvre non seulement le visage et la pensée de ces « terroristes » comme l’histoire le raconte, mais aussi la morale et la force des principes de ces équipes qui ne voyaient aucune limite pour faire passer leur message. Cette nouvelle perspective de cet élément clé de l’histoire du Québec est super intéressant.

Donc, pour ceux qui ne l’ont pas encore visionné ou qui souhaitent le réécouter, Les Rose est maintenant disponible gratuitement sur le site de l’Office National du Film, où vous pourrez profiter de l’analyse de ces personnages, de la beauté du film et de tout le travail de recherche qui s’y cache. Avec sa construction axée sur la proximité et l’intimité, c’est comme si c’est à vous que les intervenants de Félix Rose parlent.

C’est cet aspect qui fait de Les Rose un joyau, parce qu’en allant chercher les propos directs des acteurs principaux de la Crise, ça ajoute à toute la gamme d’information qui est disponible à ce sujet. Le film montre le côté quasi-héroïque de Jacques et Paul Rose, alors que nos livres d’histoire les dépeignent comme des terroristes. Félix Rose vient doucement brasser la cage de l’histoire pour peut-être en remettre des parties en question. C’est ce contraste qui en fait un visionnement important alors que la température baisse et que les feuilles changent de couleurs. De quoi s’ouvrir l’esprit différemment…


Voici donc la bande annonce ci-dessous. Pour visionner le film, cliquez ici!

Mackenzie Sanche

Une amoureuse des arts, de l'écriture, de la photographie et de la vidéo, sans oublier des animaux et de la nature, Mackenzie vient tout juste de terminer ses études collégiales en journalisme et continue son parcours à l'Université Concordia. Elle cherche tout simplement à vivre de ses passions et à relever de nouveaux défis.

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