Michel Grenier : la gérance sous tous ses angles

Michel Grenier
© Manon Toupin / La Nouvelle union

Michel Grenier : la gérance sous tous ses angles

Il n’est peut-être pas sous les projecteurs et équipé d’un micro, mais en tant que gérant, Michel Grenier, représente une pièce importante dans la solidification de l’industrie de l’humour. Ce dernier est dans le décor de la scène humoristique depuis déjà 30 ans. Toutes ces années lui ont permis d’acquérir une panoplie d’expériences qu’il cultive encore pour favoriser le développement de ses clients comme Mike Ward, Guillaume Wagner, Yannick De Martino, Pierre-Yves Roy-Desmarais et son frère, Daniel Grenier.

Le tout a débuté lorsque les Chick’n Swell ont vu le jour. Le groupe original* s’est formé à la Polyvalente le Boisé de Victoriaville. À ce moment, il était composé de Daniel Grenier, le frère de Michel, Francis Cloutier, Marc Perreault et Robin Aubert, ils ont su compter sur l’énorme coup de main de Michel Grenier lors des premières années du groupe, alors qu’il effectuait plusieurs tâches diverses. Ce sont aussi ses premiers pas dans le monde de la gérance. Son implication auprès du groupe humoristique lui a permis de rencontrer Mike Ward avec qui il travaille depuis 25 ans.  

*Le deuxième mouture des Chick’n Swell était composée de Daniel Grenier, Francis Cloutier et Ghyslain Dufresne à partir de 1997.

Selon lui, la gérance doit être une véritable passion, voire une vocation.  

« Tu n’as pas le choix, il faut que tu ailles ça dans le sang, puisque de nombreuses fois dans ta carrière, il vient un moment de doute. Tu es comme une vache à lait ! Ils [ses clients] te font des demandes de tous genres. […] Il faut que tu livres la marchandise, même quand cela te semble impossible, c’est très intense ! »

Michel Grenier
Capture d’écran du podcast Backstage de Michel Grenier

Le travail acharné et sans-limite de Michel Grenier explique en partie pourquoi il est l’un des meilleurs de son domaine, cependant il y a une caractéristique dans son éthique de travail qu’il souhaitait mettre de l’avant.

« Une des plus belles qualités de gérant est d’avoir de l’empathie envers l’artiste. Je pense qu’il faut comprendre l’artiste, il faut tenter de connaître l’artiste et de savoir prendre le pouls de ce dernier. Également, il est nécessaire d’être en contact avec lui et d’être le plus proche possible de lui », exprime le Victoriavillois

Une chose est sûre dans sa tête, la gérance est également une question d’apprentissage constant. Visiblement, il n’a jamais hésité à prendre les opportunités qui se présentaient à lui afin d’absorber de l’expérience.

« Il y a beaucoup d’humoristes que je ne gère pas qui m’appellent pour un coup de main. Par exemple, j’ai déjà négocié des contrats pour un humoriste que je ne représente pas et les gens me demandent souvent pour quelles raisons je fais cela. C’est simple, ceci me donne de l’expérience. Je suis là pour apprendre dans mes différents dossiers. », relate-t-il.

Malgré beaucoup d’expérience, les responsabilités et les défis sont multiples et rendent le métier très complexe.

« Il n’y a pas de facile dans mon travail, je fais ce que je peux et il faut toujours se rappeler de la belle phrase que j’aime beaucoup citer ‘’Si je réussis, c’est mon talent, si je ne réussis pas c’est mon gérant’’. Cette phrase résume bien mon métier. »

Michel Grenier

Dans ce cas, est-il difficile de prendre la décision de se lancer dans l’aventure avec un nouvel humoriste ?

« La crainte est toujours envers nous-même et ceci n’est pas uniquement vrai dans le domaine de la gérance, c’est véridique dans tous les domaines, nous avons toujours peur de l’insatisfaction de la personne avec laquelle on travaille. Je me donne toujours à 110%, mais le problème est que si l’artiste ne le voit pas, il ne le sait pas. », affirme le gérant de 51 ans.

Après près de 20 ans en solo, en 2009, Michel Grenier s’est associé avec Martin Deshaies afin de mettre sur pied Bang Management qui est aujourd’hui l’une des maisons de gérance ayant le plus de reconnaissance au Québec. Croyez-le ou non, mais il n’a aucun contrat physique avec ses artistes, uniquement une simple poignée de main. Pourtant, la fidélité de Mike Ward (25 ans) et Guillaume Wagner (13 ans) semble prouver que ceci est une stratégie payante.

Une industrie en changement continuel

Michel Grenier n’a pas caché que l’industrie de l’humour a bien changé depuis qu’il a débuté dans le milieu.

« La différence est super simple, ce sont les réseaux sociaux qui ont tout changé. Il y a 25 ans, lorsque j’ai commencé avec les Chick’n  Swell, 90% du travail était relié à la création et le reste était d’aller poser des affiches dans les pharmacies, mais aujourd’hui il faut que tu sois sur les réseaux sociaux, mais raisonnablement parce qu’il faut que ce soit pertinent. Donc, il faut que tu fasses beaucoup de chose, mais il ne faut pas faire tout. », relate Michel Grenier

Il n’y a pas uniquement la plateforme de diffusion qui a changé d’après lui.

« Ce que je trouve malheureux et ce qui m’attriste c’est que les gens ne veulent plus de contenu, ils veulent être divertis, alors il préfère voir quelqu’un glisser à cause d’une banane que quelqu’un qui dit vraiment quelque chose d’important »

Michel Grenier

Il a poursuivi sa pensée avec un exemple historique pertinent.

« Il faut se rappeler les bases de l’humour à l’époque du fou du roi (bouffon). Le fou du roi était le seul qui pouvait rire du roi, alors imaginez comment les citoyens se sentaient, ils crevaient l’abcès sur certaines situations qu’ils n’aimaient pas. Ça fonctionnait parce qu’il avait du contenu, les gens riaient du roi. Aujourd’hui, les gens se foutent un peu de ce que tu as à dire sur « le roi ». Ils demandent plutôt aux humoristes de faire un live, un personnage en mettant une perruque ou de faire une publication funny et ce, même si ce n’est pas bon, il n’y a pas de problème ! », affirme le co-fondateur de Bang Management.

Michel Grenier déplore le fait que la tendance actuellement est davantage dans la consommation que dans la qualité pure.

 « Rappelez-vous toujours que le restaurant qui vend le plus de bouffe, c’est le McDonalds, est-ce que c’est le meilleur ? Non ! Ce n’est pas ce qui a de meilleur qui vend le plus ! »

Michel Grenier

C’est une phrase qu’il utilise souvent pour donner une image concrète de ce qu’il veut dire à ce propos.

Outre que la gérance de ses humoristes, il profite du passage sur la scène de ceux-ci pour s’amuser avec une autre de ses passions : la photographie. Depuis déjà quelques années, il photographie non seulement ses artistes, mais également les autres humoristes qui font une prestation au cours de la soirée. Il est d’ailleurs possible de voir son magnifique travail sur sa page Instagram.

Il fait également un podcast depuis 2018 nommé Backstage. Il donne son opinion sur plusieurs sujets différents dans le monde de l’humour comme les vols de gags, les événements corporatifs, la gestion de crise et bien d’autres sujets. Le concept peut viser les gens qui aiment l’envers du décor de l’industrie de l’humour ou qui s’y intéresse.

Marc-André Fortin

Véritable passionné de la culture québécoise, Marc-André voit dans ce projet, une chance de pouvoir transmettre un peu de sa passion à toute personne qui s’y voit intéressée. Que cela passe par les séries télévisées, les chansons québécoises ou les humoristes, il aimerait que les jeunes se reconnaissent et s’accrochent à ce qui est fait ici.

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