Si le Québec se regardait dans le miroir

Paysage Prévost
© Mackenzie Sanche / Projection Culturel

Si le Québec se regardait dans le miroir

Nommé au Gala Québec Cinéma 2020, La fin des terres de Loïc Darses est un chef d’œuvre mettant de l’avant la quête identitaire québécoise. Plus particulièrement, les témoignages contenus dans ce documentaire artistique de l’Office National du Film (ONF) sont ceux de millénariaux, donc ceux qui n’ont pas connu le référendum de 1995.


                                La fin des terres
© Affiche La fin des terres / ONF

Qu’est-ce qu’un Québécois? La réponse varie largement dépendamment de l’interlocuteur. Ceux qui ont connu le courant nationaliste québécois en parleront tout autrement que ceux qui sont nés tout juste avant l’an 2000. L’euphorie des référendums sont inconnus aux millénariaux, ce qui explique la divergence d’opinion d’une génération à l’autre.

Loïc Darses, avec son film, donne la parole à ces Québécois qui n’ont pas connu de périodes majeures de nationalisme ou de révolution. Des phrases comme « On est dans un flou » sont alors moins étonnantes quand ça vient à la question de l’identité au Québec.

La fin des terres fait quelques fois référence à Pour la suite du monde de Pierre Perreault et lui ressemble en quelque sorte. Sa démarche d’interrogation et de création d’un espace pour parler honnêtement de son sentiment d’appartenance au Québec rejoint l’œuvre de Perrault grâce à l’intimité de l’œuvre. Le ton des narrateurs est d’ailleurs très posé, calme, comme s’ils se font des confidences. Comme s’ils avaient une conversation existentielle, étendus dans l’herbe sous un ciel étoilé.

Un bonbon pour les yeux

La fin des terres commence avec quelques lignes de texte qui expliquent brièvement la démarche entreprise par le réalisateur. L’une des ces phrases est la suivante : « Vous ne verrez aucune image d’archives ». L’un des narrateurs avouait ne pas se sentir concerné par le passé du Québec, parce que ses cours d’histoire ne présentaient que des images d’archives, qui, pour lui n’étaient pas assez concrètes. 

Tenant compte de ce propos, Darses offre des images 100% originales et, encore mieux, 100% québécoises. Le film est un collage de courts extraits vidéos de lieux québécois dont certains sont faciles à reconnaître, et d’autres un peu moins. Les narrateurs ne sont jamais présentés, ce ne sont que des scènes qui ont tous un point en commun : la beauté des paysages de la province.

La vidéographie est épurée et simpliste, peut-être pour compenser pour la complexité de la réflexion qui y est rattachée par les enregistrements audio. Toutefois, les plans sont tous tournés en mouvement, souvent qui avance, parfois qui fait une rotation. Un peu comme la réflexion identitaire au Québec qui ne cesse de se mouvoir.

© La fin des terres / ONF

Un propos d’actualité

Outre la gracieuseté visuelle de l’œuvre, La fin des terres offre des propos honnêtes de gens qui ont songé à la question et qui osent parler du fait que peut-être que les générations plus jeunes ne tiennent plus autant à avoir un sentiment d’appartenance.

Ils expliquent entre autres la chance qu’ils ont d’avoir grandi à un moment de l’histoire ou le français ne leur est pas un inconvénient, mais plutôt un pont. Ils ont grandi à un moment propice à l’émancipation. Par contre, ils ont grandi à un moment où l’individu prend le dessus sur la collectivité, ce qui les détache peut-être du Québec.

Divisé en trois volets, « L’interrogation », « L’impasse » et « La réappropriation », le documentaire de Darses laisse les témoignages souligner la rapport des millénariaux au racisme, aux peuples autochtones, à la religion, au capitalisme et à l’indépendance du Québec. Sans se biaiser, La fin des terres apporte une réflexion à propos du manque d’engouement des Québécois envers l’indépendance, envers l’idée de devenir un pays, et la réponse est large.

« L’interrogation » est exactement cela ; c’est un moment pour que les narrateurs repensent à cette province dont ils ont héritée et à leur rapport au monde, en plus de ce qui a changé dans ce monde. « L’impasse » est un chapitre de dénonciation, où les problèmes actuels des Québécois sont mis en lumière pour ensuite arriver à « La réappropriation ». Ce dernier volet est plutôt paisible et inspire l’espoir pour le futur des Québécois.

Prendre le temps de se regarder dans le miroir

Les 92 minutes du long-métrage de Darses plongent son spectateur dans une introspection profonde guidée par les paroles de gens en qui il se reconnaît. Accompagné des images dont le mouvement est lent, c’est comme le temps s’arrête pour donner libre cours aux pensées de l’auditeur. De plus, la narration est découpée en extraits séparés de longues pauses où parfois le silence règne, parfois la musique s’ajoute.

Cela fait de La fin des terres un film idéal pour se demander qui l’on est en fonction d’où l’on naît et de ce qui nous entoure. 

Discutant d’ailleurs de la relation avec les autochtones et de l’attentant à la mosquée de Québec en 2017, le film impose un questionnement de son lien avec l’autre, un questionnement tout à fait d’actualité en ce moment de crise mondiale auquel la distanctiation physique est de mise et auquel les soulèvements contre le racisme s’intensifient.

« J’m’en fous pas. »

La troisième section est la leçon à en tirer. En regardant le passé, en observant ce dont les Québécois d’aujourd’hui ont hérité, il faut se demander qu’est-ce que le peuple doit garder, et qu’est-ce qu’il doit laisser. Mais encore, ce qu’il garde doit-il être modernisé, remodelé? L’important est de continuer d’avancer.

L’un des narrateurs dit qu’il aimerait être plus fier d’être Québécois, mais comme le démontre La fin des terrestant par ses images que par sa distribution, le Québec est un amalgame de la diversité ethnoculturelle, de la géographie et de bien d’autres éléments qui jouent sur l’identité de ses habitants.

La phrase qui clôt le film réflète l’opinion générale des millénariaux ayant participé au documentaire : « J’m’en fous pas. » Et c’est ça qui est crucial pour se prouver que le Québec n’avance pas vers sa perte, mais qu’il est simplement en transition.

En bref, un film de contemplation d’images, d’idées, de paroles et de ses propres pensées qui bouscule le concept que l’on a du temps.


La fin des terres de Loïc Darses est disponible gratuitement sur le site de l’ONF et sur abonnement sur Tou.Tv Extra jusqu’au 21 juin dans le cadre du Sprint Gala 2020.

Mackenzie Sanche

Une amoureuse des arts, de l'écriture, de la photographie et de la vidéo, sans oublier des animaux et de la nature, Mackenzie vient tout juste de terminer ses études collégiales en journalisme et continue son parcours à l'Université Concordia. Elle cherche tout simplement à vivre de ses passions et à relever de nouveaux défis.

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