Marie-Ève Morency : rendez-vous sur la rue King

Pierre-Luc Funk et Marie-Ève Morency
© Ève Landry

Marie-Ève Morency : rendez-vous sur la rue King

Boire une boisson énergisante et un café, ainsi qu’écouter de la musique motivante, voici trois des éléments utiles à la préparation de Marie-Ève Morency lorsqu’elle s’apprête à se lancer sur une patinoire d’improvisation, mais pour Rue King, cette préparation était complètement inutile selon les dires de cette dernière.

« Il n’y aucune préparation possible en raison du niveau de concentration qu’il faut avoir au cours des scènes. Avec la présence des caméras, du public et de Stéphane Bellavance qui te donne ses indications dans ton oreillette, il te faut une écoute épidermique ! Lorsque tu vois tes collègues qui reçoivent une indication, tu sais qu’il va arriver quelque chose et il faudra probablement que tu l’aides. »

Marie-Ève Morency, Sophie Cadieux et Pier-Luc Funk. Qu’ont-ils en commun ? Si vous avez répondu : leur participation commune dans Rue King, la nouvelle sitcom complètement improvisée dans laquelle tous les dialogues sont tous entièrement improvisés et les scènes ne peuvent être jouées qu’une seule fois… vous avez bien raison!

Cette belle aventure pour Marie-Ève Morency dans Rue King a débuté lors d’un appel de Vincent Bolduc qui agissait comme producteur au contenu.

« Ç’a été pour moi un gros cadeau du ciel, le téléphone a sonné et Vincent m’a annoncé qu’il aimerait beaucoup que je sois dans l’équipe de Rue King », affirma Marie-Ève Morency en entrevue téléphonique.

Un défi de taille


Marie-Ève Morency avoue n’avoir pas hésité une seconde lorsqu’elle a reçu l’appel pour participer à cette nouvelle série disponible en exclusivité sur Club illico depuis le 7 mai dernier.

« Je me disais que je pouvais relever ce défi, même si je savais que cela allait être complexe », partage-t-elle.

Marie-Ève Morency

Cette complexité était en grande partie reliée à l’unicité de ce type de comédie de situation réinventée qui n’avait jamais encore été explorée au Québec.

« Nous n’avions aucun repère, c’était du jamais vu, il n’y avait donc personne vers qui je pouvais te tourner pour obtenir des témoignages ou des commentaires à propos de la façon de s’y prendre ou pour comprendre le niveau de difficulté » continua-t-elle.  

Affiche de la série Rue King
© Rue King

Pour la principale intéressée, qui complète le trio de colloques dans l’appartement sur la rue King à Sherbrooke, réunissant Pier-Luc Funk et Sophie Cadieux, il y avait une question de symbiose derrière la présence de ses derniers à ses côtés qui était assez rassurante pour elle.  

« Pier-Luc est mon plus ancien partenaire d’impro, je le connais depuis qu’il a neuf ans, nous avons fait plusieurs tournées en Europe, en plus de jouer dans la LNI ensemble. Nous savons exactement comment l’autre patine et joue même si nous jouons très différemment et c’est ce qui fait que nous avons toujours été dans des équipes très complémentaires, souligne l’improvisatrice. De son coté, Sophie, je l’aime, je l’admire, je la trouve si fabuleuse et nous jouons très bien ensemble », termine-t-elle.

S’ajouta à eux Stéphane Crête, Medhi Bousaidan et Sylvie Moreau qui agissent comme personnage secondaire et plusieurs invités qui apparaissent, à tour de rôle, à chaque épisode, dont Julien Lacroix, Marie-Soleil Dion et Arnaud Soly pour ne nommer qu’eux.

Deux mondes différents

Selon elle, improviser sur la rue King signifie alors de mettre son cerveau dans un mode « disponible » afin de respecter les contraintes de Stéphane Bellavance et d’être toujours prêt à les mettre en application, alors que dans un match d’improvisation, le cerveau des joueurs est davantage dans un mode « volontaire ». En d’autres mots, les improvisateurs possèdent dans une improvisation traditionnelle une plus grande liberté et choisissent leurs contraintes tout en respectant le thème et la durée déterminée par l’arbitre.

Dès les premiers jours, la comédienne a compris que c’était toute une autre paire de manches.

« C’est vraiment plus difficile pour nous que de faire de l’impro, puisque c’est tellement contraignant. Voyez-vous, personnellement ça m’a pris trois épisodes, avant de me mettre à vraiment m’amuser dans cette formule parce qu’au début nous voulions être bon élève donc nous écoutions beaucoup les contraintes de Stéphane, alors nous ne proposions pas beaucoup de chose et parfois on en proposait trop même s’il n’y a pas d’espace pour ça. C’était ça qui était dangereux au début, ils nous disaient de ne pas avoir peur de proposer des trucs parce que si on ne propose rien, ça va être un peu ennuyeux, alors on se mettait à trop proposer et l’on a fini par trouver le juste milieu », ajouta celle qui rafle souvent la première étoile lors des matchs de la LNI.

Marie-Ève Morency

Dans un langage d’improvisation, l’équipe cherchait à voir les scènes comme de grandes improvisations comparées au lieu de les voir comme des improvisations mixtes « Le danger était de voir ça comme une mixte, puis d’essayer un peu de se piler dessus en se punchant dans la face, quelques fois cela peut survenir, et il a des punchs qui sont adorables et d’autres que tu te dis que j’ai l’impression qu’on essaye de se montrer quelque chose », lança-t-elle.

Elle a partagé une parfaite illustration de la compétition qui était inexistante durant le tournage des scènes de Rue King. Selon ses dires, pour arriver à bon port, il était important de ne pas penser chacun pour soi et de ne pas viser le seul objet qui flotte sur la mer pour sauver sa peau et laisser les autres sans plans de secours. Bien au contraire, tous les membres de l’équipe devaient nager dans la même direction.

Rue King vient toucher une corde de nostalgie chez les amateurs d’improvisation qui fait un retour à la télévision d’une façon bien spéciale.

« Je pense qu’on s’ennuyait tellement de l’improvisation à la télévision et l’on dirait que la réponse positive vient juste donner de l’amour à l’improvisation […] Une fois que c’est sorti, je me suis rendu compte que ce n’est pas de la compétition à rien, c’est uniquement de l’amour pur pour l’improvisation et je pense que ça va faire des petits », admet l’adepte du Punch Club à Montréal.

Des personnes assises sur les bonnes chaises

« L’une des raisons, pourquoi j’étais reconnaissante envers l’équipe de production, c’est de ne pas avoir fait faire uniquement des caméos  à des gens connus, des gens super connus, mais qui ne respecte pas les codes. Ça va être drôle le jour où Céline Dion va débarquer sur la rue King, mais elle va pédaler en vitesse. », avoue Marie-Ève Morency ne passant pas par quatre chemins pour expliquer son point de vue avant d’ajouter « J’étais contente de voir un peu moins de Céline Dion et un peu plus de gens qui savent improviser, parce que ce n’est pas vrai que tout le monde sait improviser, et ce n’est pas ton niveau de popularité qui te donne les moyens d’improviser. Encore une fois, ça va faire un épisode très intéressant, si l’on fait débarquer Julia Roberts, mais je ne sais pas si elle va bien s’en tirer, alors que là c’était vraiment de bons improvisateurs », conclut-elle.

L’industrie de l’improvisation n’est pas épargnée.

Comme tous les domaines culturels et de divertissement, l’improvisation ne fait pas exception, l’entièreté des activités estivales a été annulée en raison de la pandémie de la COVID-19. La LNI et la LIM ont été forcées de cesser leur saison qui devait prendre respectivement fin en mai et juin.

« C’est dur pour l’industrie de l’impro actuellement, les salles comme le Lion d’Or et le Club Soda veulent survivre. J’ai peur pour l’avenir de l’improvisation, techniquement la LNI qui débute sa saison en février devrait pouvoir partir à nouveau [plusieurs ligues comme la LIM lancent leur saison à l’automne ], donc c’est sûr que la situation nous effraie, mais c’est tenu par les gens les plus créatifs et débrouillards, qu’il y a une partie de moi qui n’a pas peur parce que l’improvisation rassemble des gens qui savent se retourner à n’importe quel moment pour trouver n’importe quelle solution. Pour moi, c’est un amour qui s’est arrêté » termine-t-elle.

Le résultat des cotes d’écoutes déterminera s’il y aura une saison 2, mais tout indique que Vincent Bolduc et son équipe bouillent d’idées pour l’écriture de la deuxième saison.  

Marc-André Fortin

Véritable passionné de la culture québécoise, Marc-André voit dans ce projet, une chance de pouvoir transmettre un peu de sa passion à toute personne qui s’y voit intéressée. Que cela passe par les séries télévisées, les chansons québécoises ou les humoristes, il aimerait que les jeunes se reconnaissent et s’accrochent à ce qui est fait ici.

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